L'essentiel
- La Haute Autorité de santé a publié en juillet 2026 le volet imagerie, chirurgie et rééducation de ses recommandations sur les tendinopathies de la coiffe des rotateurs.
- La prise en charge commence par un traitement médical et fonctionnel : antalgiques, maintien des activités supportables, kinésithérapie et une à deux infiltrations de corticoïdes.
- Une rupture de la coiffe, même transfixiante, n'impose pas systématiquement une opération.
- Pour une rupture dégénérative, la chirurgie se discute après au moins six mois de traitement médical bien conduit.
- Une rupture traumatique survenue sur un tendon sain relève au contraire d'un avis chirurgical rapide, avec une IRM idéalement dans les deux semaines.
- Chez un patient actif, l'orientation vers un chirurgien doit être envisagée quel que soit l'âge.
Que disent les recommandations HAS 2026 sur la coiffe des rotateurs ?
La Haute Autorité de santé a publié le 15 juillet 2026 un second volet de recommandations consacré à l'imagerie, à la chirurgie et à la rééducation des tendinopathies de la coiffe des rotateurs, complétant le premier volet de 2023 sur la démarche diagnostique.
Ces recommandations décrivent un parcours en étapes. Le point de départ est clinique : inspection, palpation, mesure des amplitudes des deux épaules, examen neurologique et examen du rachis cervical, parce qu'une douleur d'épaule peut venir du cou. Vient ensuite le traitement médical et fonctionnel, puis l'imagerie si la situation ne s'améliore pas, et seulement alors la discussion chirurgicale.
Le texte rappelle un chiffre qui structure toute la démarche : 40 à 80 % des patients s'améliorent sous traitement conservateur à moyen et long terme. C'est ce qui justifie de donner sa chance au traitement non chirurgical avant d'envisager une réparation tendineuse.
Tendinopathie non rompue
Le tendon est abîmé mais continu. Les recommandations indiquent que la chirurgie n'a pas démontré son intérêt dans cette situation : tout repose sur le traitement médical et la rééducation.
Rupture dégénérative
Le tendon s'est rompu progressivement, sans traumatisme marquant. Le traitement médical est conduit d'abord ; la chirurgie se discute après six mois au moins, selon la gêne et la force.
Rupture traumatique
Le tendon était sain et s'est rompu lors d'un accident. Le calendrier change : avis chirurgical rapide, IRM idéalement dans les deux semaines, en particulier chez le sujet actif.
Quel bilan d'imagerie est recommandé, et à quel moment ?
Une radiographie de l'épaule est recommandée en première intention après quatre à six semaines d'évolution. L'échographie, voire l'IRM, intervient si l'association kinésithérapie et infiltration n'a pas suffi, et une imagerie en coupe est demandée avant toute chirurgie.
Cette chronologie a une conséquence pratique : une épaule douloureuse depuis quelques jours ne justifie pas d'emblée une IRM. Le bilan se construit avec le temps et avec la réponse au traitement.
Avant une intervention, les recommandations précisent le bilan attendu : des radiographies dans les trois rotations avec un faux profil de Lamy, complétées par une imagerie en coupe — IRM, arthroscanner ou arthro-IRM selon ce que l'on cherche. Après l'opération, aucune imagerie n'est à faire de façon systématique : elle est réservée aux évolutions défavorables.
Une rupture traumatique est une exception à cette chronologie. Après un accident net sur une épaule jusque-là indolore, avec une perte de force immédiate, l'IRM est recommandée idéalement dans les deux semaines et l'avis chirurgical ne doit pas attendre les six semaines du schéma habituel.
Combien de temps faut-il traiter médicalement avant d'envisager la chirurgie ?
Pour une rupture dégénérative de la coiffe des rotateurs, la chirurgie peut être discutée après au moins six mois de traitement médical et fonctionnel bien conduit. Avant ce délai, l'objectif reste de faire baisser la douleur et de récupérer de la mobilité.
Le traitement de première ligne associe le maintien des activités supportables, des antalgiques, des anti-inflammatoires lorsque c'est possible, et une explication détaillée au patient de ce qui se passe dans son épaule. Chez la personne âgée, la prise en charge de la perte d'autonomie fait partie du traitement.
Si les symptômes persistent au-delà de quatre à six semaines, le traitement est adapté : les médicaments sont revus, la kinésithérapie est débutée et une à deux infiltrations de dérivés cortisonés peuvent être réalisées, espacées d'au moins trois semaines.
| Étape | Délai | Ce qui est recommandé |
|---|---|---|
| Première consultation | J0 | Examen clinique complet des deux épaules, du cou et sur le plan neurologique. Antalgiques, anti-inflammatoires si possible, maintien des activités supportables. |
| Réévaluation | 4 à 6 semaines | Radiographies de l'épaule. Kinésithérapie. Une à deux infiltrations de corticoïdes espacées d'au moins trois semaines. |
| Imagerie de deuxième ligne | Si échec | Échographie, voire IRM, lorsque l'association kinésithérapie et infiltration n'a pas apporté d'amélioration. |
| Discussion chirurgicale | À partir de 6 mois | Rupture dégénérative : la chirurgie se discute après six mois au moins de traitement médico-fonctionnel bien conduit. |
| Voie rapide | Moins de 2 semaines | Rupture traumatique sur tendon sain : IRM idéalement dans les deux semaines et avis chirurgical rapide, surtout chez le sujet actif. |
Quelle est la place des infiltrations dans ce parcours ?
Les recommandations retiennent une à deux infiltrations de dérivés cortisonés, espacées d'au moins trois semaines, lorsque la douleur persiste après quatre à six semaines. Elles précisent aussi de ne pas répéter les infiltrations en l'absence d'amélioration.
L'infiltration n'est donc ni un geste anodin que l'on multiplie, ni un geste à redouter. Elle a une place précise dans la séquence : faire baisser la douleur pour permettre à la kinésithérapie de travailler. Dans ma pratique, une infiltration bien placée au bon moment du parcours est souvent ce qui permet de récupérer de la mobilité et de reprendre les gestes du quotidien.
Si deux infiltrations correctement réalisées n'ont rien changé, la question n'est pas d'en faire une troisième : c'est le signal qu'il faut compléter le bilan d'imagerie et reposer le diagnostic.
À retenir
Une épaule qui ne va pas mieux après deux infiltrations et plusieurs semaines de kinésithérapie n'est pas une épaule qui a besoin d'une infiltration supplémentaire : c'est une épaule qui a besoin d'un bilan d'imagerie en coupe et d'un avis spécialisé.
Quand faut-il voir un chirurgien de l'épaule ?
Les recommandations invitent à adresser le patient à un chirurgien orthopédiste lorsque, malgré un traitement bien conduit, persistent une douleur importante, une gêne dans les activités, une limitation d'usage du bras ou un déficit de force.
Quatre signaux, donc, et aucun d'entre eux n'est l'image : ce n'est pas la taille de la rupture vue sur l'IRM qui déclenche la consultation chirurgicale, c'est ce que le patient ne peut plus faire. Un tendon rompu sur l'imagerie avec une épaule indolore et une force conservée ne conduit pas aux mêmes décisions qu'une petite rupture sur une épaule qui empêche de travailler.
Le texte précise que chez un patient actif, l'orientation vers un chirurgien doit être envisagée quel que soit l'âge. L'âge seul ne ferme donc pas la porte à la discussion chirurgicale, de même qu'il ne l'ouvre pas.
Rupture traumatique : pourquoi le délai compte
Une rupture de la coiffe survenue lors d'un accident, sur un tendon jusque-là sain, nécessite un avis chirurgical rapide, en particulier chez les sujets actifs. L'IRM est recommandée idéalement dans les deux semaines qui suivent le traumatisme.
Ces ruptures touchent plus souvent l'homme jeune, du côté dominant. Elles sont fréquemment plus étendues que les ruptures dégénératives et atteignent plus volontiers le sous-scapulaire, ce tendon situé en avant de l'épaule dont l'atteinte passe facilement inaperçue à l'examen rapide.
Le délai compte parce que le tendon et le muscle se modifient avec le temps : le tendon se rétracte, le muscle se transforme. Une réparation discutée tôt ne se présente pas dans les mêmes conditions qu'une réparation envisagée un an après l'accident.
Quelles situations ne relèvent pas de la chirurgie ?
Les recommandations listent des situations où la réparation d'une rupture dégénérative n'est pas indiquée : raideur capsulaire, arthrose gléno-humérale évoluée, espace sous-acromial inférieur à 6 millimètres et atrophie musculaire importante.
Ces quatre éléments se lisent sur le bilan préopératoire, et c'est précisément à cela que sert l'imagerie en coupe. Une épaule raide doit d'abord être assouplie : réparer un tendon dans une épaule enraidie expose à une épaule opérée toujours raide. Une arthrose évoluée ou un muscle qui a perdu sa substance orientent vers d'autres solutions que la réparation du tendon.
Le texte rappelle enfin que la réparation anatomique du tendon reste la technique de référence, le plus souvent sous arthroscopie, et que les gestes associés à la réparation ne sont pas systématiques.
| Critère | Rupture dégénérative | Rupture traumatique |
|---|---|---|
| Circonstance | Installation progressive, sans accident identifié | Traumatisme net sur une épaule jusque-là indolore |
| Terrain habituel | Après la cinquantaine, usure tendineuse | Plus souvent homme jeune, membre dominant |
| Imagerie | Radiographies d'abord, échographie ou IRM si échec du traitement | IRM idéalement dans les deux semaines |
| Première intention | Traitement médico-fonctionnel, kinésithérapie, 1 à 2 infiltrations | Avis chirurgical rapide, surtout chez le sujet actif |
| Délai avant chirurgie | Discussion après 6 mois au moins de traitement bien conduit | Décision rapide, sans attendre le schéma des 6 mois |
Ce que ces recommandations changent en pratique pour un patient
Pour un patient, le message principal est que le temps fait partie du traitement d'une rupture dégénérative, et qu'une rupture visible sur une IRM ne signifie pas qu'une opération est nécessaire. La décision se construit sur la douleur, la force et les activités.
Trois conséquences concrètes :
- Pas d'IRM en urgence pour une épaule douloureuse sans accident. Les radiographies suffisent dans un premier temps, après quatre à six semaines d'évolution.
- La kinésithérapie n'est pas une étape que l'on coche. C'est le traitement, avec l'infiltration qui la rend possible. Plusieurs mois de rééducation régulière ne sont pas un délai perdu.
- Un accident change le calendrier. Une perte de force brutale après une chute ou un effort violent justifie une consultation rapide et non une attente de plusieurs mois.
Ce qui doit faire consulter sans attendre les six semaines : impossibilité de lever le bras après un traumatisme, perte de force brutale, déformation de l'épaule, fièvre associée à une épaule très douloureuse, ou apparition de fourmillements et d'une faiblesse de la main.
Consulter pour une épaule douloureuse à Paris ou en Essonne
Les consultations de chirurgie de l'épaule du Dr Alexandre Kilinc ont lieu à la Clinique Jouvenet, 6 square Jouvenet dans le 16e arrondissement de Paris, et au centre Galien 2, 22 rue des 2 communes à Quincy-sous-Sénart, en Essonne.
Une consultation permet de situer votre épaule dans ce parcours : reprendre l'histoire de la douleur, examiner les deux épaules et le cou, relire les examens déjà réalisés et décider de l'étape suivante — compléter le bilan, organiser la kinésithérapie, proposer une infiltration ou discuter d'une réparation lorsque les critères sont réunis.
Les rendez-vous peuvent être pris en ligne via Doctolib, ou auprès des secrétariats : 01 42 15 42 31 pour Paris, 01 69 39 96 97 pour Quincy-sous-Sénart.
Pour aller plus loin sur les pages du site : rupture de la coiffe des rotateurs, tendinopathie de la coiffe, conseils après une opération de l'épaule et arrêt de travail après une opération de l'épaule.
Questions fréquentes sur les recommandations HAS 2026
Une rupture de la coiffe des rotateurs guérit-elle sans opération ?
Une rupture tendineuse ne se recolle pas spontanément, mais l'épaule peut redevenir indolore et fonctionnelle sans chirurgie. Les recommandations rappellent que 40 à 80 % des patients s'améliorent sous traitement conservateur à moyen et long terme, ce qui justifie de le conduire d'abord.
Faut-il une IRM dès les premières douleurs d'épaule ?
Non dans la grande majorité des cas. L'imagerie recommandée en première intention est la radiographie, après quatre à six semaines d'évolution. L'échographie, voire l'IRM, intervient si la kinésithérapie et l'infiltration n'ont pas suffi. L'exception est la rupture traumatique, où l'IRM est demandée dans les deux semaines.
Combien d'infiltrations peut-on faire dans une épaule ?
Les recommandations retiennent une à deux infiltrations de dérivés cortisonés, espacées d'au moins trois semaines, et précisent de ne pas les répéter en l'absence d'amélioration. Au-delà, c'est le bilan d'imagerie et le diagnostic qu'il faut reprendre, pas le nombre d'injections.
Je suis trop âgé pour être opéré de la coiffe ?
L'âge seul ne décide pas. Les recommandations indiquent que chez un patient actif, l'orientation vers un chirurgien orthopédiste doit être envisagée quel que soit l'âge. Ce sont l'état du tendon et du muscle, la mobilité de l'épaule et le retentissement sur les activités qui orientent la décision.
Quelles situations empêchent de réparer une rupture dégénérative ?
Quatre situations sont citées comme contre-indications : une raideur capsulaire de l'épaule, une arthrose gléno-humérale évoluée, un espace sous-acromial inférieur à 6 millimètres et une atrophie musculaire importante. Elles sont recherchées sur le bilan d'imagerie réalisé avant toute décision.
Mon épaule s'est bloquée après une chute, dois-je attendre six mois ?
Non. Le délai de six mois concerne les ruptures dégénératives. Une rupture survenue sur un tendon sain lors d'un traumatisme justifie un avis chirurgical rapide et une IRM idéalement dans les deux semaines, en particulier chez une personne active.
La chirurgie est-elle utile pour une tendinite sans rupture ?
Les recommandations sont explicites : dans les tendinopathies non rompues de la coiffe des rotateurs, la chirurgie n'a pas démontré son intérêt. La prise en charge associe antalgiques, adaptation des activités, kinésithérapie et éventuellement infiltration.
Faut-il refaire une IRM après une réparation de la coiffe ?
Aucune imagerie n'est recommandée de façon systématique après la chirurgie. Un nouvel examen est réservé aux évolutions défavorables : douleur qui ne cède pas, perte de force secondaire ou récupération qui ne suit pas le calendrier attendu.
Quelle technique chirurgicale est utilisée pour réparer la coiffe ?
La réparation anatomique du tendon reste la technique de référence, le plus souvent réalisée sous arthroscopie. Les gestes associés à la réparation ne sont pas systématiques et sont décidés au cas par cas en fonction des lésions constatées.
Références
- Haute Autorité de santé. Conduite diagnostique en cas d'épaule douloureuse non traumatique de l'adulte et prise en charge médicale et chirurgicale des tendinopathies de la coiffe des rotateurs. Recommandation, juillet 2026. has-sante.fr
- Haute Autorité de santé. Prise en charge des tendinopathies rompues de la coiffe des rotateurs : place de la chirurgie — argumentaire. Juillet 2026. Document PDF
- Haute Autorité de santé. Quels diagnostic et prise en charge en cas d'épaule douloureuse ? 2023. has-sante.fr
- Kukkonen J, et al. Treatment of Nontraumatic Rotator Cuff Tears: A Randomized Controlled Trial with Two Years of Clinical and Imaging Follow-up. J Bone Joint Surg Am. PubMed 26537160
- Moosmayer S, et al. Tendon repair compared with physiotherapy in the treatment of rotator cuff tears: a randomized controlled study in 103 cases with a five-year follow-up. J Bone Joint Surg Am. PubMed 25232074
- Moosmayer S, et al. At a 10-Year Follow-up, Tendon Repair Is Superior to Physiotherapy in the Treatment of Small and Medium-Sized Rotator Cuff Tears. J Bone Joint Surg Am. PubMed 31220021
- Moosmayer S, et al. Fifteen-Year Results of a Comparative Analysis of Tendon Repair Versus Physiotherapy for Small-to-Medium-Sized Rotator Cuff Tears. J Bone Joint Surg Am. PubMed 39197154
- Haute Autorité de santé. Référentiels concernant la durée d'arrêt de travail — argumentaire. Document PDF
Auteur / Rédaction et révision médicale
Dr Alexandre Kilinc, chirurgien orthopédiste — chirurgie de la main, du poignet, du coude et de l'épaule. Clinique Jouvenet (Paris 16e) et Hôpital Privé Claude Galien (Quincy-sous-Sénart). Membre de la SFCM, de la SOFCOT, de la SECEC, de l'AAOS et de la FESUM. RPPS 10100025286.
Article rédigé et relu par le Dr Alexandre Kilinc. Dernière révision médicale : 6 nov. 2026.
Cet article a une visée d'information. Il ne remplace pas une consultation médicale : seul un examen clinique permet d'établir un diagnostic et de proposer une prise en charge adaptée à votre situation.
