Entorse du pouce : reconnaître une lésion du ligament collatéral ulnaire
Par le Dr Alexandre Kilinc, chirurgien orthopédiste spécialiste de la main et de l'épaule. Institut Main Épaule Jouvenet (Clinique Jouvenet, Paris 16e) et Centre Épaule Main Grand Paris Sud / SOS Main Quincy (Hôpital Privé Claude Galien, Quincy-sous-Sénart). Mis à jour le 27 septembre 2026.
Sommaire
Par exemple, une chute avec le pouce écarté, un choc au rugby ou un accident de ski peuvent provoquer une entorse du pouce au niveau de l’articulation située entre le premier métacarpien et la première phalange. Dans ce cas, la structure le plus souvent concernée est le ligament collatéral ulnaire, aussi appelé ligament latéral interne ou LLI. Il stabilise le côté du pouce tourné vers l’index et participe à la force de la pince, par exemple lorsque l’on tient une clé ou que l’on saisit un objet entre le pouce et l’index.
Certaines entorses correspondent à un simple étirement ou à une déchirure partielle du ligament. En revanche, d’autres entraînent une rupture complète, parfois accompagnée d’un petit fragment osseux arraché à la base de la phalange. L’enjeu est donc de repérer une instabilité de l’articulation, car une lésion insuffisamment stabilisée peut laisser une gêne durable lors des prises.
Chiffres et notions clés
Qu’est-ce que le LLI du pouce ?
Le ligament collatéral ulnaire relie le premier métacarpien à la base de la phalange proximale, sur le bord de l’articulation métacarpo-phalangienne situé du côté de l’index. Il empêche ainsi l’articulation de s’ouvrir excessivement lorsqu’une force écarte le pouce de la main. On parle souvent d’« entorse du skieur », mais la lésion peut survenir dans de nombreuses autres circonstances.
Il faut toutefois distinguer cette articulation, située à la base de la première phalange, de l’articulation trapézo-métacarpienne, plus proche du poignet et habituellement concernée par la rhizarthrose. Cette distinction aide ainsi à comprendre pourquoi une douleur « à la base du pouce » ne suffit pas, à elle seule, à poser le diagnostic.
Comment survient une entorse du pouce ?
Le mécanisme typique est une mise en abduction forcée du pouce : lors d’une chute, le pouce reste accroché ou heurte le sol alors que la main poursuit son mouvement. Au ski, par exemple, la chute peut se produire avec ou sans bâton. Un ballon, un adversaire ou une chute au rugby, au handball ou au football peuvent également produire une contrainte comparable.
Cependant, la gravité ne se déduit pas toujours de l’intensité de la douleur. Un pouce très gonflé peut en effet être difficile à examiner dans les premières heures ; inversement, une rupture complète peut parfois être sous-estimée si le patient parvient encore à bouger le doigt. Une fracture associée ou un arrachement osseux doivent également être recherchés.
Traitement : orthèse
Traitement : orthèse ou réparation, décision partagée
Traitement : selon le déplacement
Traitement : réparation discutée rapidement
Quels symptômes doivent faire consulter ?
La douleur siège habituellement sur le bord de l’articulation métacarpo-phalangienne proche de l’index. Elle peut aussi s’accompagner d’un gonflement, d’un hématome et d’une difficulté à serrer un objet entre le pouce et l’index. Certains patients décrivent également une sensation de faiblesse ou l’impression que le pouce « part sur le côté ».
Comment fait-on le diagnostic ?
L’examen clinique
Le médecin recherche d’abord le point douloureux, un éventuel fragment osseux palpable et la stabilité de l’articulation en comparaison avec l’autre pouce. Le critère le plus utile est la présence ou l’absence d’une butée ferme lorsque le ligament est mis en tension. L’examen tient compte de la douleur et du gonflement : il peut être nécessaire de protéger le pouce puis de le réévaluer.
Une ouverture excessive de l’articulation oriente vers une lésion importante, mais une mesure d’angle isolée ne résume pas la décision. La qualité de l’arrêt ligamentaire, la radiographie et le contexte fonctionnel comptent également. Ainsi, les recommandations de la British Society for Surgery of the Hand (BSSH) placent l’histoire du traumatisme, l’examen clinique et les radiographies au début de l’évaluation [1, 2].
Les radiographies
Les radiographies recherchent une fracture ou un arrachement osseux à l’insertion du ligament et permettent également de vérifier l’alignement de l’articulation. Une radiographie normale n’exclut toutefois pas une déchirure ligamentaire.
Par ailleurs, les clichés sous contrainte ne sont pas systématiques. Leur intérêt se discute selon l’examen clinique et les images déjà disponibles ; le patient ne doit pas forcer lui-même sur une articulation douloureuse pour tenter de vérifier sa stabilité.
L’échographie et l’IRM
Une échographie réalisée par un praticien expérimenté peut visualiser le ligament, préciser si la rupture est déplacée et rechercher une lésion de Stener. L’IRM est utile lorsque le diagnostic reste incertain ou que l’on souhaite préciser des lésions associées.
Une méta-analyse publiée en 2021 a d’ailleurs trouvé une bonne performance de l’échographie et de l’IRM pour détecter les lésions de Stener, tout en signalant un risque de biais élevé dans les études incluses. Aucun examen n’est cependant infaillible : son résultat doit être confronté à la stabilité clinique du pouce [3].
Qu’est-ce qu’une lésion de Stener ?
Dans une lésion de Stener, le ligament collatéral ulnaire est rompu et son extrémité déplacée se retrouve de l’autre côté de l’aponévrose du muscle adducteur du pouce. Cette structure s’interpose alors entre le ligament et son point d’attache. Le ligament ne peut alors pas simplement reprendre sa place anatomique sous une attelle.
C’est donc une information importante pour choisir le traitement.
Attelle ou chirurgie : comment choisit-on le traitement ?
Le traitement dépend donc surtout de la stabilité du pouce et de la possibilité pour le ligament de cicatriser dans une bonne position [2].
Selon la situation
Traitement 1 · entorse stable
Une articulation stable : immobiliser et surveiller
Lorsque le pouce reste stable et que l’examen ne retrouve pas de laxité importante, le traitement repose généralement sur une orthèse ou une immobilisation protégeant l’articulation métacarpo-phalangienne. La durée est adaptée à la lésion et à l’évolution clinique ; elle est souvent de l’ordre de quatre à six semaines, suivies d’une reprise progressive des mouvements et de la force.
- Éviter les mouvements qui écartent le pouce.
- Ne pas solliciter fortement la pince entre le pouce et l’index.
- Ne pas tester soi-même la solidité du ligament.
- Reprendre progressivement la mobilité puis la force, selon l’avis du chirurgien.
L’arrêt de l’immobilisation se décide donc en fonction de la cicatrisation et de l’examen, et non uniquement parce qu’un nombre de semaines s’est écoulé.
Traitement 2 · instabilité
Une instabilité importante : décider avec le patient
La présence d’une laxité marquée, d’une absence de butée ferme, d’une lésion de Stener ou de certaines fractures déplacées conduit alors à discuter une réparation chirurgicale. La chirurgie n’est toutefois pas automatique pour toute rupture complète. Selon la recommandation BSSH de 2024, un patient présentant une laxité significative peut, dans certaines situations, choisir avec son spécialiste entre une immobilisation et une réparation. Cette décision devrait être prise dans les deux semaines suivant la présentation afin de ne pas retarder une prise en charge utile [2].
Le choix tient compte notamment de la stabilité, du déplacement du ligament ou d’un fragment osseux, de l’ancienneté de la blessure et des besoins du patient : activité professionnelle manuelle, sport ou forte sollicitation de la pince. Il faut aussi discuter des contraintes et des incertitudes propres à chaque option.
Comment se déroule une réparation du ligament ?
Lorsqu’une opération est retenue, le chirurgien accède d’abord au ligament par une incision sur le bord ulnaire de l’articulation du pouce. Il vérifie la lésion, replace si nécessaire le ligament dans sa position anatomique, puis le réinsère sur l’os ou le répare selon la configuration rencontrée. Une ancre de suture est une possibilité ; ce n’est toutefois pas l’unique technique. Un fragment osseux déplacé peut également demander une fixation adaptée.
Une protection du pouce est ensuite nécessaire. La durée d’immobilisation, le début de la mobilisation et la rééducation dépendent de la solidité de la réparation et des lésions associées. Le protocole est donc remis individuellement au patient.
Les études rapportent globalement de bons résultats après réparation, mais les comparaisons entre techniques restent limitées. Une revue systématique publiée en 2025 souligne également que le délai optimal universel pour opérer n’est pas établi [4].
Et si l’entorse du pouce est diagnostiquée tardivement ?
Une douleur persistante, une faiblesse de la pince ou une impression d’instabilité plusieurs semaines ou mois après le traumatisme méritent alors un nouvel examen. Le traitement dépend ensuite de la stabilité résiduelle, de l’état du ligament, de la présence d’arthrose et de la gêne réelle.
Une réparation directe peut ainsi encore être envisagée dans certaines situations si le tissu reste utilisable. Lorsque la lésion est ancienne et irréparable, une reconstruction ligamentaire à l’aide d’un tendon peut être discutée. Les séries chirurgicales montrent de bons résultats dans l’ensemble, avec des résultats de stabilité moins favorables dans les groupes de reconstructions de lésions chroniques ; ces groupes ne sont cependant pas directement comparables aux lésions récentes [4].
Rééducation, travail et reprise du sport
Après la phase de protection, le pouce doit retrouver progressivement sa mobilité, puis sa force de pince. Des exercices guidés (voir l’auto-rééducation du pouce) ou une rééducation avec un thérapeute de la main peuvent être proposés selon la raideur, l’opération éventuelle et les activités du patient. Forcer précocement sur le côté du pouce risque de compromettre la protection recherchée ; à l’inverse, prolonger inutilement l’immobilisation peut favoriser la raideur.
La reprise de la conduite, du travail manuel et du sport ne correspond pas à une date identique pour tous. Elle dépend en effet de la stabilité retrouvée, de la douleur, de la force nécessaire à l’activité et du protocole suivi. Par exemple, une activité de bureau et un sport de contact n’exposent pas le pouce aux mêmes contraintes.
Complications possibles
Même après un traitement bien conduit, un gonflement ou une sensibilité peuvent toutefois persister quelque temps. Les complications possibles comprennent notamment une raideur, une douleur résiduelle et, plus rarement, une instabilité persistante. Après chirurgie s’ajoutent les risques propres à toute intervention, notamment une sensibilité cicatricielle, une irritation d’un petit nerf sensitif ou une infection.
Consulter pour une entorse du pouce à Paris ou en Essonne
Une entorse du LLI peut sembler banale au départ alors que la stabilité de la pince pouce-index est en jeu. Un examen adapté permet ainsi de distinguer une lésion pouvant cicatriser sous immobilisation d’une lésion pour laquelle une discussion chirurgicale est utile.
Le Dr Alexandre Kilinc, chirurgien de la main et président du Réseau Prévention Main Île-de-France, consulte à la Clinique Jouvenet, Paris 16e, ainsi qu’à Quincy-sous-Sénart, en Essonne. Lors de la consultation, apportez si possible vos radiographies, échographie ou IRM et précisez la date ainsi que le mécanisme du traumatisme.
Où consulter un chirurgien de la main pour une entorse du pouce à Paris ?
- Paris 16e : Institut Main Épaule Jouvenet, Clinique Jouvenet, 6 square Jouvenet, 75016 Paris. Tél. 01 42 15 42 31.
- Essonne (91) : Centre Épaule Main Grand Paris Sud et SOS Main Quincy. Consultations au centre Galien 2, 22 rue des Deux-Communes, 91480 Quincy-sous-Sénart. Tél. 01 69 39 96 97. Interventions à l'Hôpital Privé Claude Galien.
Le Dr Kilinc est chirurgien de la main et de l’épaule à Paris 16e et à Quincy-sous-Sénart. Pour prendre rendez-vous en ligne ou poser une question avant la consultation, contactez le Dr Kilinc.
Questions fréquentes sur l’entorse du LLI du pouce
Peut-on bouger le pouce si le ligament est rompu ?
Oui. En effet, la possibilité de plier ou de tendre le pouce n’exclut pas une rupture du ligament collatéral ulnaire. Le ligament stabilise surtout l’articulation contre une ouverture sur le côté ; sa lésion doit donc être recherchée par un examen de stabilité.
Une radiographie normale élimine-t-elle une entorse grave ?
Non. La radiographie montre les os et un éventuel arrachement osseux, mais elle ne visualise pas directement toutes les ruptures du ligament. Une échographie ou une IRM peut alors être demandée si l’examen clinique laisse persister un doute.
Une lésion de Stener peut-elle guérir avec une attelle ?
En effet, l’interposition de l’aponévrose empêche le ligament déplacé de retrouver spontanément son insertion anatomique. Une lésion de Stener confirmée nécessite donc une discussion spécialisée rapide, généralement orientée vers une réparation.
Faut-il toujours opérer une rupture complète ?
Non. La décision dépend notamment de la laxité, de la position du ligament, d’un éventuel fragment osseux et des besoins fonctionnels du patient. Les recommandations BSSH prévoient d’ailleurs une décision partagée pour certaines lésions présentant une laxité importante [2].
Combien de temps faut-il porter une attelle ?
La durée est souvent d’environ quatre à six semaines, mais elle varie selon la lésion, la stabilité et le traitement réalisé. La date de retrait et la reprise des efforts doivent ensuite être confirmées lors du suivi.
Quand reprendre le sport après une entorse du pouce ?
La reprise dépend du sport, de la stabilité, de la douleur et de la force de pince retrouvée. Les sports avec ballon, chutes ou contacts demandent en effet une protection et une évaluation différentes d’une activité sans contrainte sur le pouce.
Que faire si le pouce reste douloureux plusieurs mois après l’accident ?
Une douleur persistante peut être liée à une raideur, à une instabilité, à une lésion associée ou à d’autres causes. Un nouvel examen clinique, avec imagerie si nécessaire, permet alors d’orienter le traitement.
Références
- British Society for Surgery of the Hand. BEST guidelines : lésions aiguës du ligament collatéral ulnaire du pouce. bssh.ac.uk.
- Dean B, Rodrigues J, Riley N, Rabey N, Donnison E, Challen K, et al. Guideline on managing thumb ulnar collateral ligament injuries: the British Society for Surgery of the Hand Evidence for Surgical Treatment (BEST) findings and recommendations. J Hand Surg Eur Vol, 2024;49(10):1195-1201. PMID 39315553.
- Qamhawi Z, Shah K, Kiernan G, Furniss D, Teh J, Azzopardi C. Diagnostic accuracy of ultrasound and magnetic resonance imaging in detecting Stener lesions of the thumb: systematic review and meta-analysis. J Hand Surg Eur Vol, 2021;46(9):946-953. PMID 33596684.
- Schumaier A, Zeng F, McCarthy C. Surgical management of thumb ulnar collateral ligament injuries: a systematic review and meta-analysis of 614 patients with a minimum 1 year follow-up. J Am Acad Orthop Surg Glob Res Rev, 2025;9(5). PMID 40327019.


