Ténosynovite de De Quervain : infiltration ou opération ?

Par le Dr Alexandre Kilinc, chirurgien orthopédiste spécialiste de la main et de l'épaule. Institut Main Épaule Jouvenet (Clinique Jouvenet, Paris 16e) et Centre Épaule Main Grand Paris Sud / SOS Main Quincy (Hôpital Privé Claude Galien, Quincy-sous-Sénart). Mis à jour le 27 septembre 2026.

de quervain
La ténosynovite de De Quervain est une inflammation des tendons du pouce dans leur coulisse, au bord du poignet. Une attelle et une infiltration guérissent environ 8 patients sur 10. L’opération De Quervain, courte et ambulatoire, est proposée en cas d’échec ou de récidive.

Sommaire

Chiffres et notions clés

1er compartiment
Coulisse des tendons long abducteur et court extenseur du pouce, au bord du poignet

≈ 5 fois
Plus fréquente chez la femme que chez l’homme [4]

30 à 50 ans
Âge le plus fréquent ; la jeune maman est également exposée

83 %
De guérison après infiltration, contre 14 % avec une attelle seule [2]

≈ 3 sur 4
Poignets avec une cloison entre les deux tendons, cause fréquente d’échec [8]

15 à 20 min
Durée de l’opération, en ambulatoire, sous anesthésie locale

88 %
Des patients opérés pleinement satisfaits ; la récidive reste toutefois possible, environ 5 % [6]

1 à 3 sem.
D’arrêt de travail après l’opération, selon le métier

Qu’est-ce que la ténosynovite de De Quervain ?

La ténosynovite de De Quervain (ou tendinite de De Quervain) est une inflammation des tendons long abducteur et court extenseur du pouce, au niveau de leur passage dans le premier compartiment des extenseurs : une coulisse fibreuse située sur le bord externe du poignet, juste au-dessus de la base du pouce.

La gaine s’épaissit, les tendons frottent, et chaque mouvement du pouce associé à une inclinaison du poignet devient donc douloureux. Elle touche en particulier la femme de 30 à 50 ans [4], la jeune maman qui porte son bébé et les activités qui sollicitent la pince entre le pouce et l’index. En tant que chirurgien de la main à Paris et à Quincy-sous-Sénart, je la prends en charge aussi bien par infiltration que par chirurgie.

Une anatomie qui explique les échecs

En effet, dans environ trois poignets sur quatre, une cloison (septum) sépare les deux tendons en deux tunnels distincts [8]. Une infiltration qui n’atteint qu’un tunnel peut alors être insuffisante et, lors de l’opération, les deux tunnels doivent être ouverts. Par ailleurs, des branches sensitives du nerf radial passent juste au-dessus de la coulisse : elles doivent être protégées pendant l’infiltration comme pendant la chirurgie.

Pour l’anatomie détaillée et les tests diagnostiques, consultez le guide complet de la maladie de De Quervain sur canal-carpien.com.

Des situations particulières

La ténosynovite de De Quervain ne se présente pas de la même façon chez tous les patients : elle varie notamment selon l’âge et l’activité. Ces situations modifient donc le choix du traitement.

Dans tous les cas, le diagnostic est clinique : la manœuvre de Finkelstein reproduit en effet la douleur caractéristique [11].

Jeune maman · le plus fréquent
Post-partum et allaitement
Le portage du bébé sollicite en effet le pouce en permanence. La douleur cède souvent à la fin de l’allaitement, mais l’infiltration soulage bien plus vite que l’attelle [7].

Traitement : attelle, infiltration

Grossesse
Pendant la grossesse
La rétention d’eau et les changements hormonaux favorisent en effet la maladie. L’attelle vient d’abord ; l’infiltration se discute au cas par cas.

Traitement : attelle, avis au cas par cas

Travail manuel
Gestes répétés au travail
Pince pouce-index et inclinaisons répétées du poignet. Elle peut alors être reconnue en maladie professionnelle (tableau 57 du régime général).

Traitement : infiltration, adaptation du poste

Échec · récidive
Douleur qui revient
Après une ou deux infiltrations bien faites, une cloison ou une forme ancienne expliquent en général l’échec.

Traitement : opération

Symptômes et diagnostic

Douleur au bord du poignet
Au-dessus de la base du pouce, réveillée par exemple en saisissant, en tournant une clé ou en portant un enfant.

Gonflement de la coulisse
Petite tuméfaction au bord du poignet, parfois aussi un kyste de la gaine ou une crépitation.

Pince faible et douloureuse
Le pouce perd sa force de pince ; la douleur peut également irradier vers l’avant-bras.

Ne pas confondre
Une douleur de la base du pouce peut aussi venir d’une rhizarthrose, d’une fracture du scaphoïde ou d’une irritation isolée du nerf radial. Plusieurs de ces maladies peuvent d’ailleurs coexister : l’examen permet de faire la part des choses.

Un diagnostic clinique

Le diagnostic repose d’abord sur l’examen : douleur à la palpation de la coulisse et manœuvre de Finkelstein positive (pouce replié dans la paume, poignet incliné vers le petit doigt) [11]. Une échographie confirme ensuite l’épaississement de la gaine, recherche une cloison et peut guider l’infiltration.

Une radiographie est demandée en cas de doute avec une arthrose de la base du pouce. Je recherche aussi les maladies souvent associées : syndrome du canal carpien, doigt à ressaut.

Manœuvre de Finkelstein pour le diagnostic de la ténosynovite de De Quervain

Manœuvre de Finkelstein : pouce replié dans la paume, l’inclinaison du poignet vers le petit doigt réveille la douleur.

Est-ce une maladie professionnelle ?

C’est possible. En effet, les tendinites et ténosynovites du poignet et de la main liées à des gestes répétés figurent au tableau 57 des maladies professionnelles du régime général. La démarche se fait alors avec votre médecin, à partir d’un certificat médical qui précise le diagnostic.

Quand consulter ?
Une douleur du bord du poignet qui dure plus de quelques semaines malgré le repos, ou qui empêche de porter un enfant ou de travailler, justifie un avis spécialisé.

Les traitements de la ténosynovite de De Quervain

Le traitement est d’abord sans chirurgie : repos du pouce, attelle et infiltration. L’opération est ensuite réservée aux échecs et aux récidives.

Traitement 1
Attelle et infiltration
Première intention. Infiltration en consultation, guidée par échographie si besoin, avec également une attelle pouce-poignet.

Traitement 2
Opération
Ouverture de la coulisse en ambulatoire, sous anesthésie locale ou locorégionale, en cas d’échec ou de récidive.

Comparatif des options

Traitement Indications Durée Résultats Inconvénients
Attelle pouce-poignet, repos Forme débutante, grossesse 3 à 6 semaines ≈ 14 % de guérison avec l’attelle seule [2] Gêne dans la vie quotidienne
Infiltration de corticoïde Première intention Effet en quelques jours ≈ 83 % de guérison [2] Récidive possible ; dépigmentation ou amincissement de la peau
Infiltration échoguidée Cloison, échec d’une première infiltration Quelques minutes Plus efficace en cas de cloison [9] Moins de complications cutanées [10]
Opération (libération du 1er compartiment) Échec de 1 à 2 infiltrations, récidive 15 à 20 min ; fils retirés vers le 14e jour 88 % de patients pleinement satisfaits [6] Cicatrice sensible ; irritation du nerf radial, rare

Traitement 1 · sans chirurgie

Attelle et infiltration

L’infiltration consiste à injecter un corticoïde dans la gaine du premier compartiment. C’est en effet le traitement sans chirurgie le plus efficace : environ 83 % de guérison, contre 14 % avec une attelle seule [2]. En cas de cloison ou d’échec d’une première infiltration, le guidage échographique permet d’atteindre les deux tunnels [9].

Délai et durée
Le soulagement apparaît alors en quelques jours. Une attelle pouce-poignet est également portée au moins 15 jours, surtout la nuit et lors des efforts.

Résultats
Guérison dans la grande majorité des cas ; en particulier chez la jeune maman, l’infiltration soulage plus vite que l’attelle [7].

Les règles de l’infiltration
  1. Pas plus de 2 à 3 infiltrations sur un an : au-delà, l’opération est donc plus logique.
  2. Éviter ensuite les efforts du pouce pendant quelques jours après le geste.
  3. Une dépigmentation ou un amincissement de la peau peuvent survenir au point d’injection ; toutefois, le guidage échographique les rend moins fréquents [10].
  4. En cas de diabète, surveiller la glycémie quelques jours après l’infiltration.

L’attelle, du commerce ou sur mesure, immobilise ainsi le pouce et le poignet. Les anti-inflammatoires en gel ou par la bouche et l’adaptation des gestes (portage du bébé, souris, outils) complètent enfin le traitement.

Traitement 2 · chirurgie

L’opération De Quervain

L’opération De Quervain consiste à ouvrir la coulisse du premier compartiment afin de libérer les tendons. Je la propose notamment dans les situations suivantes :

  • échec d’une ou deux infiltrations bien conduites ;
  • récidive rapide de la douleur ;
  • forme ancienne, avec une gaine très épaissie ou un kyste ;
  • contre-indication ou refus des corticoïdes.

Les temps de l’intervention

  • Incision courte de quelques centimètres sur le bord du poignet, dans un pli de la peau.
  • Protection des branches sensitives du nerf radial, d’abord repérées puis écartées pendant tout le geste.
  • Ouverture de la coulisse et, en cas de cloison, des deux tunnels : c’est en effet la clé pour éviter la récidive [1].
  • Enfin, nettoyage de la gaine inflammatoire si nécessaire, en préservant la stabilité des tendons.

L’intervention se fait en ambulatoire, au bloc opératoire de la Clinique Jouvenet (Paris 16e) ou de l’Hôpital Privé Claude Galien (Quincy-sous-Sénart), mais jamais en cabinet. Elle dure en général 15 à 20 minutes, sous anesthésie locale, locorégionale ou WALANT (anesthésie locale sans garrot) selon les cas. À la fin de l’intervention, je vérifie ainsi que les tendons glissent librement.

À savoir
Les tendons ne doivent pas sortir de leur coulisse après l’opération : la libération est donc faite de façon à conserver leur stabilité, tout en protégeant le nerf radial. C’est pourquoi cette chirurgie, simple en apparence, relève d’un chirurgien de la main.

Complications après l’opération De Quervain

Cicatrice sensible
Sensibilité ou épaississement de la cicatrice pendant quelques semaines ; toutefois, les massages l’assouplissent.

Nerf radial
Fourmillements du dos du pouce, le plus souvent transitoires ; une lésion durable reste en revanche rare, environ 2 % [6].

Récidive
Environ 5 % [6], souvent car un tunnel est resté fermé.

Tendons instables
Ressaut des tendons hors de la coulisse, rare lorsque la libération est bien conduite.

Infection, hématome
Rares ; la cicatrice est également surveillée lors des soins.

Algodystrophie
Rare. Je prescris néanmoins de la vitamine C pendant 30 jours à titre préventif.

Récupération et reprise des activités

Le jour même
Retour à domicile avec un pansement ; les doigts et le pouce bougent alors immédiatement.

Soins
Pansement refait par une infirmière ; les fils sont ensuite retirés vers le 14e jour.

Conduite
Après quelques jours, dès que le poignet est confortable et que la prise du volant est ferme.

Travail
Arrêt de 1 à 3 semaines selon le métier et les efforts demandés au pouce.

Rééducation
Auto-exercices doux du pouce et du poignet ; en revanche, la kinésithérapie est rarement nécessaire.

Par exemple, dans une série de 94 patients opérés, tous étaient guéris avec un recul prolongé, avec 6 % de complications, le plus souvent transitoires [5].

Ma prise en charge de la ténosynovite de De Quervain

Je commence par une attelle et une infiltration, sauf en cas de forme ancienne ou d’échec d’un traitement bien conduit. Lorsque l’opération est nécessaire, je la réalise au bloc opératoire, en ambulatoire, en ouvrant toute la coulisse et en protégeant les branches du nerf radial.

Pour tout comprendre de la maladie, de son anatomie et des tests diagnostiques, consultez aussi le guide de la maladie de De Quervain sur canal-carpien.com. Pour une autre tendinite de la main, voir également le doigt à ressaut.

Où consulter un chirurgien de la main pour une ténosynovite de De Quervain à Paris ?

  • Paris 16e : Institut Main Épaule Jouvenet, Clinique Jouvenet, 6 square Jouvenet, 75016 Paris. Tél. 01 42 15 42 31.
  • Essonne (91) : Centre Épaule Main Grand Paris Sud et SOS Main Quincy. Consultations au centre Galien 2, 22 rue des Deux-Communes, 91480 Quincy-sous-Sénart. Tél. 01 69 39 96 97. Interventions à l'Hôpital Privé Claude Galien.

Le Dr Kilinc est chirurgien de la main et de l’épaule à Paris 16e et à Quincy-sous-Sénart. Pour prendre rendez-vous en ligne ou poser une question avant la consultation, contactez le Dr Kilinc.

Questions fréquentes

Faut-il opérer une ténosynovite de De Quervain ?

Rarement d’emblée. En effet, une attelle et une infiltration guérissent la majorité des patients. L’opération n’est donc proposée qu’après l’échec d’une ou deux infiltrations bien conduites, ou en cas de récidive.

Comment se passe l’opération De Quervain ?

En ambulatoire, au bloc opératoire, sous anesthésie locale ou locorégionale. Puis, par une courte incision sur le bord du poignet, la coulisse des tendons est ouverte en protégeant le nerf radial. L’intervention dure en général 15 à 20 minutes.

L’opération De Quervain est-elle douloureuse ?

Non pendant l’intervention, grâce à l’anesthésie. Ensuite, la douleur est modérée quelques jours ; la cicatrice peut rester sensible quelques semaines.

Combien de temps d’arrêt de travail après l’opération De Quervain ?

En général 1 à 3 semaines, selon le métier et les efforts demandés au pouce.

Combien d’infiltrations peut-on faire pour une ténosynovite de De Quervain ?

En général pas plus de deux à trois sur un an. Si la douleur revient après deux infiltrations bien faites, l’opération est alors plus efficace.

Pourquoi l’infiltration n’a-t-elle pas marché ?

Souvent parce qu’une cloison sépare les deux tendons en deux tunnels : le produit n’atteint donc pas les deux. Une infiltration guidée par échographie ou l’opération règlent alors ce problème [9].

Quelle attelle pour une tendinite de De Quervain ?

Une attelle qui immobilise le pouce et le poignet, du commerce ou sur mesure, portée au moins 15 jours, notamment la nuit et pendant les efforts.

La ténosynovite de De Quervain peut-elle revenir après l’opération ?

C’est rare, environ 5 % [6], le plus souvent car un tunnel est resté fermé. Une libération complète de la coulisse limite donc ce risque.

Références

  1. Ilyas AM, Ast M, Schaffer AA, Thoder J. De Quervain tenosynovitis of the wrist. J Am Acad Orthop Surg, 2007;15(12):757-764. PMID 18063716.
  2. Richie CA 3rd, Briner WW Jr. Corticosteroid injection for treatment of de Quervain’s tenosynovitis: a pooled quantitative literature evaluation. J Am Board Fam Pract, 2003;16(2):102-106. PMID 12665175.
  3. Peters-Veluthamaningal C, van der Windt DA, Winters JC, Meyboom-de Jong B. Corticosteroid injection for de Quervain’s tenosynovitis. Cochrane Database Syst Rev, 2009;(3):CD005616. PMID 19588376.
  4. Wolf JM, Sturdivant RX, Owens BD. Incidence of de Quervain’s tenosynovitis in a young, active population. J Hand Surg Am, 2009;34(1):112-115. PMID 19081683.
  5. Scheller A, Schuh R, Hönle W, Schuh A. Long-term results of surgical release of de Quervain’s stenosing tenosynovitis. Int Orthop, 2009;33(5):1301-1303. PMID 18956185.
  6. Ta KT, Eidelman D, Thomson JG. Patient satisfaction and outcomes of surgery for de Quervain’s tenosynovitis. J Hand Surg Am, 1999;24(5):1071-1077. PMID 10509287.
  7. Avci S, Yilmaz C, Sayli U. Comparison of nonsurgical treatment measures for de Quervain’s disease of pregnancy and lactation. J Hand Surg Am, 2002;27(2):322-324. PMID 11901392.
  8. Mahakkanukrauh P, Mahakkanukrauh C. Incidence of a septum in the first dorsal compartment and its effects on therapy of de Quervain’s disease. Clin Anat, 2000;13(3):195-198. PMID 10797626.
  9. Kume K, Amano K, Yamada S, Amano K, Kuwaba N, Ohta H. In de Quervain’s with a separate EPB compartment, ultrasound-guided steroid injection is more effective than a clinical injection technique: a prospective open-label study. J Hand Surg Eur Vol, 2012;37(6):523-527. PMID 22095403.
  10. Roh YH, Hong SW, Gong HS, Baek GH. Ultrasound-guided versus blind corticosteroid injections for De Quervain tendinopathy: a prospective randomized trial. J Hand Surg Eur Vol, 2018;43(8):820-824. PMID 30079791.
  11. Finkelstein H. Stenosing tendovaginitis at the radial styloid process. J Bone Joint Surg, 1930;12(3):509-540.