En bref : une infiltration consiste à injecter un médicament, le plus souvent un corticoïde, dans une articulation, dans la gaine d’un tendon ou autour d’un nerf. Son but est de diminuer l’inflammation et la douleur, pas de réparer. Le geste dure quelques minutes, son effet apparaît en 2 à 7 jours et l’on ne dépasse pas 3 infiltrations par site.

L’essentiel

  • Indications fréquentes : canal carpien, doigt à ressaut, ténosynovite de De Quervain, rhizarthrose, tendinopathie de la coiffe des rotateurs, capsulite.
  • Geste rapide et peu douloureux, comparable à un vaccin, réalisé sans anesthésie générale.
  • Effet en 2 à 7 jours ; une poussée douloureuse les 24 à 48 premières heures est possible.
  • Pas plus de 3 infiltrations par site, espacées de plusieurs semaines.
  • Si la douleur revient malgré les infiltrations, un autre traitement, parfois chirurgical, est discuté.

Qu’est-ce qu’une infiltration ?

Une infiltration est une injection locale d’un médicament au plus près de la zone douloureuse : dans une articulation (épaule, base du pouce, poignet), dans la gaine d’un tendon (doigt à ressaut, ténosynovite de De Quervain), autour d’un nerf (canal carpien) ou dans une bourse (bursite de l’épaule).

Elle agit sur l’inflammation, cause fréquente de la douleur. Elle ne répare ni un tendon rompu ni un cartilage usé : c’est un traitement de la douleur, qui s’intègre à une prise en charge plus large (repos relatif, attelle, rééducation, auto-exercices).

Quelles infiltrations pour l’épaule, le coude et la main ?

Voici les infiltrations les plus souvent réalisées en chirurgie de la main et de l’épaule, et ce que l’on peut raisonnablement en attendre.

Zone Pathologie Ce que l’on peut attendre
Poignet Syndrome du canal carpien Amélioration fréquente mais souvent temporaire ; utile dans les formes modérées et pour confirmer le diagnostic.
Doigt Doigt à ressaut Traitement de première intention, souvent efficace, surtout dans les formes récentes.
Poignet, pouce Ténosynovite de De Quervain Souvent efficace, associée au port d’une attelle.
Base du pouce Rhizarthrose Soulage les poussées douloureuses, sans arrêter l’évolution de l’arthrose.
Main, poignet Kyste synovial Ponction et infiltration possibles ; les récidives sont fréquentes.
Épaule Tendinopathie de la coiffe, bursite Soulagement souvent rapide, à associer à la rééducation.
Épaule Capsulite rétractile Diminue la douleur de la phase inflammatoire ; geste parfois plus sensible.
Coude Épicondylite (tennis elbow) Effet à court terme seulement ; réservée à des cas choisis.

Quel produit est injecté ?

Corticoïdes (cortisone)

Le produit de référence. Puissant anti-inflammatoire, il agit localement. Les infiltrations de corticoïdes sont prises en charge par l’Assurance Maladie.

Acide hyaluronique

Surtout proposé dans l’arthrose, par exemple de la base du pouce. Son effet est plus progressif. Il n’est en général pas remboursé.

PRP (plasma riche en plaquettes)

Les études sont discordantes et, dans ma pratique, le bénéfice est modeste. Je le propose aux patients qui souhaitent l’essayer avant d’envisager une chirurgie. Non remboursé.

Comment se déroule une infiltration ?

  1. Consultation : examen clinique, confirmation du diagnostic (radiographie, échographie ou IRM si besoin) et recherche de contre-indications : infection, allergie, anticoagulants, diabète.
  2. Désinfection rigoureuse de la peau.
  3. Injection avec une aiguille fine, parfois guidée par l’échographie selon la zone. Le geste dure quelques minutes ; la douleur ressentie est comparable à celle d’un vaccin.
  4. Retour à domicile immédiat. La zone est mise au repos relatif pendant 24 à 48 heures ; le froid (jamais au contact direct de la peau) et le paracétamol suffisent le plus souvent.

Quelle efficacité attendre ?

L’effet apparaît en général en 2 à 7 jours. La durée du soulagement varie de quelques semaines à plusieurs mois, selon la pathologie, son ancienneté et la réponse de chacun.

Les revues de la littérature confirment un bénéfice à court terme dans le canal carpien1, le doigt à ressaut2 et la ténosynovite de De Quervain3. À l’épaule, l’effet est réel mais souvent modeste et transitoire, d’où l’intérêt d’associer la rééducation4 ; dans la capsulite, l’infiltration est surtout utile au début, pendant la phase douloureuse5. Au coude, dans l’épicondylite, l’amélioration initiale ne dure pas et les récidives à un an sont plus fréquentes qu’après une injection placebo6.

Effets secondaires et précautions

  • Poussée douloureuse pendant 24 à 48 heures, liée au produit : froid et paracétamol.
  • Rougeur du visage ou bouffées de chaleur passagères.
  • Hausse transitoire de la glycémie chez le diabétique, pendant quelques jours7.
  • Dépigmentation ou amincissement de la peau au point d’injection, surtout sur les peaux fines ou foncées.
  • Complications rares : infection, rupture tendineuse, réaction allergique.

Consultez rapidement en cas de fièvre, de rougeur, de chaleur ou de gonflement qui augmentent dans les jours suivant l’infiltration : une infection est rare, mais elle doit être traitée sans attendre.

Avant le geste, signalez toujours un traitement anticoagulant, un diabète, une allergie ou une infection en cours. On n’infiltre jamais à travers une peau infectée.

Combien d’infiltrations peut-on faire ?

En pratique, pas plus de 3 infiltrations par site, espacées de plusieurs semaines. Répétées, les infiltrations fragilisent les tendons et la peau. Si la douleur revient vite après une ou deux infiltrations, mieux vaut discuter d’un autre traitement que de répéter les injections.

Idées reçues sur les infiltrations

« C’est très douloureux »

Plutôt faux. La douleur est comparable à celle d’un vaccin. Le geste est parfois plus sensible dans la capsulite ou chez les patients très appréhensifs.

« La cortisone passe dans tout le corps »

En partie. L’action est surtout locale, mais un léger passage dans le sang explique les bouffées de chaleur et la hausse de la glycémie chez le diabétique.

« Une infiltration guérit définitivement »

Pas toujours. Elle diminue l’inflammation ; si la cause persiste (compression d’un nerf, arthrose), la douleur peut revenir.

« Ensuite, il faut forcément opérer »

Faux. L’infiltration suffit souvent, ou permet de passer un cap avec la rééducation. La chirurgie n’est discutée qu’en cas d’échec ou de récidive.

Infiltration ou chirurgie ?

L’infiltration est souvent proposée en première intention. La chirurgie est discutée lorsque la douleur récidive malgré des infiltrations bien conduites, lorsqu’il existe des signes de souffrance nerveuse (fourmillements permanents, perte de force ou fonte musculaire dans le canal carpien), ou lorsque la lésion est mécanique, comme une rupture de la coiffe des rotateurs ou une arthrose évoluée de l’épaule.

Rédigé par le Dr Alexandre Kilinc, chirurgien orthopédiste de la main et de l’épaule à Paris (Clinique Jouvenet) et à Quincy-sous-Sénart (Hôpital privé Claude Galien). Mis à jour le 29 septembre 2026.

Références

  1. Marshall S et al. Local corticosteroid injection for carpal tunnel syndrome. Cochrane Database Syst Rev. 2007;(2):CD001554. PubMed 17443508
  2. Peters-Veluthamaningal C et al. Corticosteroid injection for trigger finger in adults. Cochrane Database Syst Rev. 2009;(1):CD005617. PubMed 19160256
  3. Peters-Veluthamaningal C et al. Corticosteroid injection for de Quervain’s tenosynovitis. Cochrane Database Syst Rev. 2009;(3):CD005616. PubMed 19588376
  4. Buchbinder R et al. Corticosteroid injections for shoulder pain. Cochrane Database Syst Rev. 2003;(1):CD004016. PubMed 12535501
  5. Challoumas D et al. Comparison of treatments for frozen shoulder: a systematic review and meta-analysis. JAMA Netw Open. 2020;3(12):e2029581. PubMed 33326025
  6. Coombes BK et al. Effect of corticosteroid injection, physiotherapy, or both on clinical outcomes in patients with unilateral lateral epicondylalgia: a randomized controlled trial. JAMA. 2013;309(5):461-9. PubMed 23385272
  7. Kim N et al. Elevated hemoglobin A1C levels correlate with blood glucose elevation in diabetic patients following local corticosteroid injection in the hand. Plast Reconstr Surg. 2015;136(4):474e-479e. PubMed 26397266

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Questions fréquentes sur les infiltrations

Combien de temps met une infiltration de cortisone à agir ?

L’effet apparaît en général en quelques jours, le plus souvent entre 2 et 7 jours. Une augmentation passagère de la douleur dans les 24 à 48 premières heures est possible et habituelle. Le soulagement dure de quelques semaines à plusieurs mois selon la pathologie.

Une infiltration est-elle douloureuse ?

Le plus souvent, peu : la douleur est comparable à celle d’un vaccin et ne dure que quelques secondes. Le geste peut être plus sensible dans la capsulite de l’épaule ou chez les patients très appréhensifs ; un antalgique simple comme le paracétamol suffit alors après le geste.

Que faut-il faire après une infiltration ?

Mettez la zone au repos relatif pendant 24 à 48 heures, sans effort ni geste forcé. En cas de douleur, le froid (sans contact direct avec la peau) et le paracétamol suffisent le plus souvent. Consultez rapidement en cas de fièvre, de rougeur ou de chaleur qui augmentent.

Quand reprendre le travail et le sport après une infiltration ?

Les activités habituelles reprennent en général dès le lendemain. Les efforts intenses et le sport qui sollicitent la zone infiltrée sont repris après quelques jours, le temps que l’inflammation diminue.

Combien d’infiltrations peut-on faire au même endroit ?

En pratique, pas plus de 3 infiltrations par site, espacées de plusieurs semaines. Répétées, elles fragilisent les tendons et la peau. Si la douleur revient rapidement, un autre traitement est discuté plutôt qu’une nouvelle injection.

Une infiltration est-elle possible quand on est diabétique ?

Oui, mais signalez-le avant le geste. Les corticoïdes augmentent la glycémie pendant quelques jours : surveillez-la plus souvent et adaptez votre traitement si besoin, avec votre médecin traitant.

Peut-on faire une infiltration sous anticoagulants ?

Signalez-le toujours avant le geste. La conduite à tenir est décidée au cas par cas selon le traitement et la zone à infiltrer. N’arrêtez jamais un anticoagulant de vous-même.

Une infiltration peut-elle guérir définitivement ?

Son but n’est pas de réparer mais de diminuer l’inflammation. Elle suffit parfois lorsque l’inflammation est la cause principale de la douleur. Si la douleur revient malgré les infiltrations (pas plus de 3 par site), un autre traitement, parfois chirurgical, est discuté.

Le PRP est-il plus efficace que la cortisone ?

Les études sont discordantes et, dans ma pratique, le bénéfice observé est modeste. Je le propose surtout aux patients qui souhaitent l’essayer avant d’envisager une chirurgie. Le PRP n’est pas remboursé.

Les infiltrations sont-elles remboursées ?

Les infiltrations de corticoïdes sont prises en charge par l’Assurance Maladie. L’acide hyaluronique et le PRP ne sont en général pas remboursés.