Doigt en maillet (mallet finger) : attelle de Stack, délais et chirurgie

Par le Dr Alexandre Kilinc, chirurgien orthopédiste spécialiste de la main et de l'épaule. Institut Main Épaule Jouvenet (Clinique Jouvenet, Paris 16e) et Centre Épaule Main Grand Paris Sud / SOS Main Quincy (Hôpital Privé Claude Galien, Quincy-sous-Sénart). Mis à jour le 27 septembre 2026.

Doigt en maillet (mallet finger) : chute de la dernière phalange par rupture du tendon extenseur terminal
Le doigt en maillet (mallet finger) est la chute de la dernière phalange d’un doigt, par rupture ou arrachement osseux du tendon extenseur terminal. Le traitement de référence est une attelle de Stack portée jour et nuit pendant 6 à 8 semaines. La chirurgie est en revanche réservée aux fractures avec subluxation, aux plaies et aux échecs de l’attelle.

Chiffres et notions clés

70 % / 30 %
Formes tendineuses pures / fractures-avulsions de la base de la dernière phalange

IPD
Seule l’articulation du bout du doigt est touchée : la dernière phalange tombe alors de 30 à 45°

6 à 8 sem.
Attelle de Stack jour et nuit, sans jamais laisser plier le bout du doigt

+ 2 à 4 sem.
Puis port nocturne de l’attelle après la phase continue

≈ 80 %
De bons résultats avec une attelle bien portée [3]

5 à 10°
Léger défaut d’extension résiduel fréquent, mais sans gêne fonctionnelle

> 4 semaines
L’attelle reste efficace même en cas de consultation tardive [3]

Chirurgie rare
Réservée notamment aux fractures avec subluxation, aux plaies et aux échecs

Qu’est-ce que le doigt en maillet ?

Le doigt en maillet (mallet finger) est une lésion du tendon extenseur terminal d’un doigt, à son insertion sur la base de la dernière phalange (P3). Ainsi, il empêche d’étendre activement la dernière phalange, qui reste tombée en flexion. Par ailleurs, c’est l’une des lésions tendineuses les plus fréquentes de la main.

Il survient en général après un traumatisme souvent banal : réception d’un ballon (volley, basket, handball), doigt accroché dans un drap en faisant le lit, choc en bout de doigt contre un meuble. En apparence bénin, un doigt en maillet mal traité peut pourtant garder une déformation définitive et entraîner secondairement une déformation en col de cygne. En tant que chirurgien de la main à Paris et à Quincy-sous-Sénart, je prends en charge toutes ses formes, aussi bien récentes qu’anciennes.

Anatomie et mécanisme

Le tendon extenseur terminal est la terminaison de l’appareil extenseur du doigt sur la phalange distale (zone I de Verdan). Ainsi, il assure l’extension de l’articulation interphalangienne distale (IPD). Lors d’un choc sur l’extrémité d’un doigt tendu, la dernière phalange est alors brutalement forcée en flexion : le tendon se rompt (forme tendineuse, environ 70 % des cas) ou arrache un fragment osseux de la base de P3 (forme osseuse, environ 30 %). Le tendon fléchisseur, resté intact, tire alors la dernière phalange vers la paume.

En outre, sans traitement, l’appareil extenseur se rétracte et concentre sa traction sur l’articulation du milieu du doigt (IPP), qui peut se mettre en hyperextension : c’est la déformation en col de cygne.

Doigt en maillet (mallet finger) : chute de la dernière phalange, rupture du tendon extenseur terminal et attelle de Stack

Chute de la dernière phalange, rupture du tendon extenseur terminal et attelle de Stack (illustration Dr Kilinc).

Classification de Doyle

La classification de Doyle distingue quatre types selon que la lésion est fermée ou ouverte, et selon l’existence d’une fracture. Elle guide donc le traitement [9].

Deux mécanismes sont en effet possibles : la rupture tendineuse pure, où le tendon se déchire à son insertion (environ 70 % des cas), et l’arrachement osseux, où le tendon emporte un fragment de la base de la dernière phalange (environ 30 %). Cependant, seule la radiographie permet de les distinguer.

Type I · le plus fréquent
Lésion fermée
Rupture tendineuse pure, ou avec un petit arrachement osseux, sans plaie.

Traitement : attelle

Type II
Plaie avec section du tendon
Coupure sur le dos du doigt, en regard de l’IPD ou juste au-dessus.

Traitement : suture puis attelle

Type III
Plaie avec perte de substance
Perte de peau, de tissu sous-cutané et de tendon (abrasion profonde).

Traitement : reconstruction et couverture

Type IV · fracture
Fracture de la base de P3
IV A : décollement épiphysaire de l’enfant.
Le IV B correspond à un fragment de 20 à 50 % de la surface articulaire.
IV C : fragment de plus de 50 %, souvent avec subluxation palmaire de P3.

Attelle ou chirurgie selon la subluxation

Doigt en maillet : rupture tendineuse pure du tendon extenseur terminal (en haut) et arrachement osseux de la base de la dernière phalange (en bas)

En haut : rupture tendineuse pure. En bas : arrachement osseux de la base de la dernière phalange (illustration Dr Kilinc).

Symptômes et diagnostic

Un choc en bout de doigt
Doigt tendu brutalement forcé en flexion : par exemple ballon, drap, coin de meuble. Le traumatisme paraît d’ailleurs souvent banal.

La dernière phalange tombe
Impossible de redresser activement le bout du doigt, qui reste alors fléchi de 30 à 45°, en forme de marteau.

Peu de douleur
Gonflement et ecchymose modérés, notamment sur le dos de l’IPD. Ainsi, la gêne limitée explique que beaucoup de patients consultent tardivement.

Piège diagnostique
En revanche, le doigt peut être redressé passivement, en le poussant avec l’autre main : l’articulation n’est pas bloquée. Mais dès qu’on le relâche, la dernière phalange retombe. Ce n’est donc pas une simple entorse : une consultation rapide s’impose.

Imagerie

Une radiographie du doigt de face et de profil strict est indispensable. Elle recherche notamment un fragment osseux, mesure sa taille par rapport à la surface articulaire de P3 et vérifie l’absence de subluxation palmaire de la dernière phalange. La subluxation, avec ou sans fragment de plus d’un tiers de la surface articulaire, oriente alors vers la chirurgie [2].

Par exemple, sur la radiographie de profil ci-contre, le fragment osseux arraché par le tendon est bien visible sur le dos de la base de la dernière phalange. Ainsi, sa taille et la position de la phalange décident entre attelle et chirurgie.

Radiographie de profil d'un doigt en maillet osseux : fragment arraché de la base de la dernière phalange

Radiographie de profil : doigt en maillet osseux, avec un fragment arraché de la base de la dernière phalange.

Sans traitement

Par ailleurs, la déformation se fixe en quelques semaines et peut évoluer vers un col de cygne. Un doigt en maillet ancien reste pourtant souvent traitable par attelle.

Consulter rapidement
Plus l’attelle est mise tôt, plus le traitement est simple. Elle garde toutefois son intérêt même après 4 semaines [3] : un doigt en maillet vu tardivement n’est donc pas une indication automatique de chirurgie.

Les traitements du doigt en maillet

Ainsi, dans la grande majorité des cas, le doigt en maillet se traite sans chirurgie, par une attelle bien portée. En outre, les revues de la littérature ne montrent pas de supériorité de la chirurgie pour les formes habituelles [1, 4].

Traitement 1
Attelle de Stack
Référence notamment pour les lésions fermées (type I), les fractures sans subluxation et les formes vues tardivement. 6 à 8 semaines jour et nuit.

Traitement 2
Chirurgie
Indications précises : subluxation de P3, gros fragment déplacé, plaies (types II et III), échec d’une attelle bien portée.

Comparatif des options

Traitement Indications Durée Résultats Inconvénients
Attelle de Stack Type I, fractures sans subluxation, formes tardives 6 à 8 sem. jour et nuit, puis 2 à 4 sem. la nuit Environ 80 % de bons résultats ; défaut de 5 à 10° fréquent Contrainte du port continu ; irritation cutanée transitoire
Chirurgie (broche, vis) Subluxation de P3, gros fragment déplacé, échec de l’attelle Broche retirée vers 6 semaines Bonne réduction de la fracture Infection, raideur, déformation de l’ongle, reprise [6]
Suture ou reconstruction Plaies (types II et III) Selon la lésion Dépend de la perte de substance Cicatrice, raideur

Traitement 1 · sans chirurgie

L’attelle de Stack

L’attelle de Stack est une attelle rigide en plastique qui maintient l’articulation du bout du doigt (IPD) en extension, voire en légère hyperextension, sans bloquer l’articulation du milieu du doigt. Une attelle thermoformée sur mesure est également une alternative équivalente [5].

Durée
6 à 8 semaines en continu, 24 h/24, sans jamais laisser plier le bout du doigt. Puis 2 à 4 semaines de port nocturne. Enfin, un contrôle clinique valide la cicatrisation à la fin de la phase continue.

Résultats
On obtient ainsi environ 80 % de bons résultats avec une attelle bien portée [3]. Toutefois, un léger défaut d’extension de 5 à 10° est fréquent, sans gêne. Par ailleurs, l’attelle reste efficace même au-delà de 4 semaines après le traumatisme.

Les règles d’or de l’attelle
  1. Ne jamais laisser plier la dernière phalange pendant toute la durée du traitement : en effet, une seule flexion peut rompre la cicatrisation et fait repartir le compteur à zéro.
  2. Pour changer l’attelle ou nettoyer la peau, garder le doigt bien à plat sur une table, en extension.
  3. Surveiller également la peau du dos du doigt : une rougeur ou une douleur sous l’attelle doit faire consulter (risque d’escarre).
  4. Pour la douche, protéger l’attelle dans un sac ; si elle est mouillée, la sécher ensuite en gardant le doigt à plat.
Doigt en maillet sans attelle : la dernière phalange retombe en flexion, l'attelle de Stack posée à côté

À éviter : sans attelle, la dernière phalange retombe. Elle ne doit donc jamais se plier pendant le traitement.

Doigt en maillet : le doigt est maintenu à plat sur la table, en extension, pendant le retrait de l'attelle

Bon geste : pour retirer ou changer l’attelle, le doigt reste bien à plat sur la table, en extension.

En revanche, pendant le traitement, les autres articulations du doigt et de la main restent libres : bougez-les normalement pour éviter qu’elles ne s’enraidissent.

Traitement 2 · chirurgie

La chirurgie du doigt en maillet

La chirurgie n’est donc indiquée que dans des situations précises :

  • subluxation palmaire de P3, avec ou sans fragment de plus d’un tiers de la surface articulaire ;
  • plaie avec section du tendon (type II) ou perte de substance (type III) ;
  • échec d’une attelle bien portée ;
  • déformation ancienne gênante, notamment avec col de cygne.

Les techniques

  • Brochage d’Ishiguro (broche d’arrêt en extension) : une broche bloque ainsi le fragment osseux en bonne position, à travers la peau [7].
  • Vissage d’un gros fragment osseux.
  • Suture ou réinsertion du tendon en cas de plaie.
  • Arthrodèse de l’IPD (blocage de l’articulation) dans les formes anciennes, arthrosiques ou multi-opérées.
Radioscopie de profil d'un brochage selon Ishiguro pour doigt en maillet osseux : broche d'arrêt dorsale et broche axiale fixant l'articulation en extension

Brochage selon Ishiguro (radioscopie peropératoire de profil) : une broche d’arrêt, placée en arrière, maintient le fragment osseux ; une seconde broche fixe l’articulation du bout du doigt en extension.

Par ailleurs, l’intervention se fait en ambulatoire, au bloc opératoire, sous anesthésie locale ou locorégionale. Une attelle protège ensuite le doigt ; la broche est retirée vers 6 semaines.

À savoir
Cependant, la chirurgie n’est pas meilleure que l’attelle pour les formes habituelles, et elle a ses propres risques : infection, raideur, déformation de l’ongle, défaut de réduction, nécessité de réintervention [1, 6]. Elle ne doit donc pas être proposée pour éviter la contrainte de l’attelle.

Complications et évolution

Déficit d’extension résiduel
Défaut de 5 à 10° fréquent, mais généralement bien toléré et sans gêne fonctionnelle.

Col de cygne secondaire
Hyperextension de l’articulation du milieu du doigt par déséquilibre de l’appareil extenseur, notamment sans traitement.

Nouvelle chute du doigt
Notamment après une flexion pendant le traitement ou une reprise trop précoce sans protection.

Lésions cutanées
Rougeur, macération ou escarre sous une attelle mal positionnée, mais le plus souvent transitoires [6].

Raideur
Rare, notamment après chirurgie ou immobilisation trop large.

Complications chirurgicales
Notamment infection, problème de broche, déformation de l’ongle, arthrose secondaire [6].

Récupération et reprise des activités

Suivi
Contrôle à la fin de la phase continue, vers 6 à 8 semaines, afin de valider la cicatrisation avant le port nocturne.

Vie quotidienne
Reprise progressive à la fin de la phase continue, mais sans forcer le bout du doigt en flexion pendant quelques semaines.

Travail
Souvent possible avec l’attelle pour un travail non manuel ; en revanche, variable pour les métiers manuels.

Sport
Vers 3 mois pour les sports sans contact direct du doigt, mais 4 mois pour les sports de ballon ou de contact.

Rééducation
Auto-exercices doux de flexion et d’extension après l’attelle ; kinésithérapie seulement en cas de raideur.

Ma prise en charge du doigt en maillet

Je privilégie d’abord l’attelle chaque fois qu’elle est indiquée, avec des consignes précises sur son port et un contrôle à la fin de la phase continue. Je réserve en revanche la chirurgie aux fractures avec subluxation, aux plaies et aux échecs d’une attelle bien portée. Enfin, en cas de plaie sur le dos du doigt, consultez rapidement un centre d’urgences de la main. Pour une lésion voisine du tendon, voir aussi le doigt à ressaut et la ténosynovite de De Quervain.

Où consulter un chirurgien de la main pour un doigt en maillet à Paris ?

  • Paris 16e : Institut Main Épaule Jouvenet, Clinique Jouvenet, 6 square Jouvenet, 75016 Paris. Tél. 01 42 15 42 31.
  • Essonne (91) : Centre Épaule Main Grand Paris Sud et SOS Main Quincy. Consultations au centre Galien 2, 22 rue des Deux-Communes, 91480 Quincy-sous-Sénart. Tél. 01 69 39 96 97. Interventions à l'Hôpital Privé Claude Galien.

Le Dr Kilinc est chirurgien de la main et de l’épaule à Paris 16e et à Quincy-sous-Sénart. Pour prendre rendez-vous en ligne ou poser une question avant la consultation, contactez le Dr Kilinc.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il porter l’attelle pour un doigt en maillet ?

6 à 8 semaines jour et nuit, sans interruption, puis 2 à 4 semaines la nuit. Si le bout du doigt se plie pendant la phase continue, le décompte reprend alors à zéro.

Peut-on traiter un doigt en maillet sans attelle ?

Non. L’immobilisation de l’articulation du bout du doigt en extension est indispensable à la cicatrisation du tendon. Sans attelle, le tendon cicatrise trop long et la déformation se fixe.

Peut-on retirer l’attelle pour se laver ?

Oui, à condition de garder le doigt en extension, à plat sur une surface, pendant tout le retrait. Pour la douche, il est plus sûr de protéger l’attelle dans un sac.

Faut-il opérer un doigt en maillet ?

Rarement. En revanche, la chirurgie est réservée aux fractures avec subluxation de la dernière phalange, aux plaies et aux échecs d’une attelle bien portée. Pour les formes habituelles, elle n’est pas supérieure à l’attelle.

Est-il trop tard pour traiter un doigt en maillet ancien ?

Pas forcément. Une attelle reste efficace après 4 semaines et souvent jusqu’à 2 ou 3 mois après le traumatisme. Au-delà, ou en cas de col de cygne gênant, une chirurgie peut se discuter.

Le doigt restera-t-il déformé après guérison ?

Toutefois, un léger défaut d’extension de 5 à 10° est fréquent, sans gêne fonctionnelle. Environ 80 % des patients ont un bon résultat avec une attelle bien portée.

Que se passe-t-il si on ne traite pas un doigt en maillet ?

La déformation se fixe et peut évoluer vers une déformation en col de cygne, avec une gêne esthétique et fonctionnelle.

Peut-on faire du sport avec une attelle de Stack ?

Les sports de contact et de ballon sont déconseillés pendant le traitement. Les sports qui ne sollicitent pas le doigt peuvent continuer en protégeant l’attelle. La reprise complète se fait vers 3 à 4 mois.

Références

  1. Handoll HH, Vaghela MV. Interventions for treating mallet finger injuries. Cochrane Database Syst Rev, 2004;(3):CD004574. PMID 15266538.
  2. Wehbé MA, Schneider LH. Mallet fractures. J Bone Joint Surg Am, 1984;66(5):658-669. PMID 6725314.
  3. Garberman SF, Diao E, Peimer CA. Mallet finger: results of early versus delayed closed treatment. J Hand Surg Am, 1994;19(5):850-852. PMID 7806817.
  4. Lin JS, Samora JB. Surgical and nonsurgical management of mallet finger: a systematic review. J Hand Surg Am, 2018;43(2):146-163.e2. PMID 29174096.
  5. O’Brien LJ, Bailey MJ. Single blind, prospective, randomized controlled trial comparing dorsal aluminum and custom thermoplastic splints to stack splint for acute mallet finger. Arch Phys Med Rehabil, 2011;92(2):191-198. PMID 21272714.
  6. Stern PJ, Kastrup JJ. Complications and prognosis of treatment of mallet finger. J Hand Surg Am, 1988;13(3):329-334. PMID 3379263.
  7. Ishiguro T, Itoh Y, Yabe Y, Hashizume N. Extension block with Kirschner wire for fracture dislocation of the distal interphalangeal joint. Tech Hand Up Extrem Surg, 1997;1(2):95-102. PMID 16609513.
  8. Salazar Botero S, Hidalgo Diaz JJ, Benaïda A, et al. Review of acute traumatic closed mallet finger injuries in adults. Arch Plast Surg, 2016;43(2):134-144. PMID 27019806.
  9. Doyle JR. Extensor tendons – acute injuries. In : Green DP (dir.). Operative Hand Surgery, 3e éd. New York : Churchill Livingstone, 1993.