Rupture du tendon distal du biceps
Dr Alexandre Kilinc | Chirurgien du coude : rupture du biceps distal, test du crochet, réinsertion tendineuse | Paris 16e et Quincy-sous-Sénart
Sommaire
L'essentiel
- Le mécanisme typique est une charge lourde qui échappe et déplie le coude en force, chez un homme de 40 à 60 ans.
- Le test du crochet fait le diagnostic au cabinet, avec une sensibilité et une spécificité de 100 % dans la série de référence.
- Le déficit principal n'est pas la flexion mais la force de supination — tourner un tournevis, une poignée, un volant.
- La réparation donne de bons résultats, à condition d'être réalisée rapidement : au-delà de quelques semaines, le tendon se rétracte.
- Les complications sont surtout transitoires, dominées par une sidération d'un nerf sensitif de l'avant-bras.
Qu'est-ce qu'une rupture du tendon distal du biceps ?
Le tendon distal du biceps relie le muscle biceps à l'os du radius, au pli du coude. Sa rupture correspond à son arrachement de l'os, le plus souvent au cours d'un effort où le coude est déplié de force contre une résistance.
Le biceps a deux fonctions au coude : il fléchit l'avant-bras et, surtout, il le fait tourner en supination — le mouvement qui amène la paume vers le haut. Cette seconde fonction est la plus affectée par la rupture, car le biceps s'insère sur le radius de façon à agir comme un enrouleur.
Le profil est caractéristique : homme de 40 à 60 ans, bras dominant, souvent actif physiquement. Le tabagisme et l'usage de stéroïdes anabolisants sont décrits comme des facteurs favorisants.
Le mécanisme est presque toujours le même : une charge lourde que l'on retient et qui échappe, un meuble, une caisse, une barre. Le coude, fléchi et contracté, est brutalement déplié. Le tendon cède sur son insertion osseuse.
Comment la reconnaître ?
Le tableau associe un craquement perçu au moment de l'effort, une douleur vive au pli du coude, puis un hématome et une remontée du muscle vers l'épaule. La douleur s'atténue en quelques jours, ce qui conduit parfois à sous-estimer la lésion.
Les signes dans l'ordre d'apparition :
- Un craquement ou une sensation de déchirure au moment de l'effort, souvent entendu.
- Une douleur vive au pli du coude, qui s'atténue en quelques jours.
- Un hématome du pli du coude, qui descend vers l'avant-bras dans les jours suivants.
- Une déformation du bras : le muscle remonte vers l'épaule et forme une boule, alors que le pli du coude se creuse.
- Une faiblesse, surtout pour les mouvements de vissage et de rotation de l'avant-bras.
Le piège est là : la douleur passe, le patient s'habitue et la consultation est repoussée. Or le délai est précisément ce qui conditionne la facilité de la réparation.
Le délai compte. Un tendon rompu se rétracte progressivement et adhère aux tissus voisins. Réparé dans les premières semaines, il peut être réinséré directement sur l'os. Au-delà de quelques semaines, la réparation devient techniquement plus difficile et peut nécessiter une greffe tendineuse. Un craquement du coude suivi d'une déformation du bras justifie une consultation spécialisée rapide, même si la douleur a disparu.
Comment fait-on le diagnostic ?
Le diagnostic est clinique. Le test du crochet consiste à tenter de passer un doigt sous le tendon, coude fléchi à 90 degrés et avant-bras en supination active. Lorsque le tendon est rompu, il n'y a plus de corde à accrocher.
Le test du crochet
Le patient fléchit le coude à 90 degrés et tourne activement la paume vers le haut. L'examinateur tente alors de glisser son index sous le tendon, en abordant le pli du coude par le dehors. Sur un coude normal, le doigt s'accroche sous une corde tendue et nette. En cas de rupture, il n'y a rien à accrocher.
La série de référence, portant sur 45 patients opérés, retrouve une sensibilité et une spécificité de 100 % pour détecter les ruptures complètes. Dans la même étude, l'IRM atteint 92 % de sensibilité et 85 % de spécificité. Un test clinique bien conduit est donc plus fiable qu'une imagerie.
Les examens complémentaires
L'échographie, rapide et accessible, confirme la rupture et apprécie la rétraction du tendon. L'IRM est utile devant un doute — rupture partielle, tableau atypique, patient corpulent chez qui le test du crochet est difficile — et avant la reprise d'une lésion ancienne.
Des radiographies éliminent une lésion osseuse associée, en particulier un arrachement de la tubérosité radiale.
Faut-il opérer ?
La réparation chirurgicale est le traitement de référence chez un patient actif. Sans réparation, le tendon ne se recolle pas à l'os : la force de supination reste durablement diminuée, ainsi que, dans une moindre mesure, la force de flexion.
L'abstention peut se discuter chez un patient âgé, peu demandeur sur le plan fonctionnel, ou présentant des contre-indications. Elle implique d'accepter une perte de force durable, surtout en supination, et une déformation définitive du bras. Cette perte est bien tolérée dans les activités courantes mais limite les gestes de force répétés et le travail manuel.
Chez un patient actif, et a fortiori sur le bras dominant, la réparation est proposée. Plus elle est précoce, plus elle est simple.
L'intervention
Le principe est de retrouver le tendon rétracté, de le ramener jusqu'à son insertion sur le radius et de l'y fixer solidement. Deux voies d'abord existent : une voie antérieure unique, ou une double voie associant un abord antérieur et un abord postérieur. Chacune a son profil de complications.
L'intervention se déroule en ambulatoire. La fixation du tendon sur l'os fait appel à des ancres, des boutons corticaux ou des vis d'interférence selon la technique retenue.
Quelles complications ?
La complication la plus fréquente est une sidération du nerf cutané latéral de l'avant-bras, responsable d'un engourdissement de la face externe de l'avant-bras, le plus souvent transitoire. Les complications sérieuses restent rares.
| Complication | Voie antérieure unique | Double voie |
|---|---|---|
| Engourdissement de l'avant-bras | 9,9 % | 2,2 % |
| Atteinte du nerf interosseux postérieur | 1,7 % | 0,2 % |
| Ossifications autour de l'articulation | 3,2 % | 7,2 % |
| Nouvelle rupture | 2,1 % | 0,6 % |
| Pont osseux entre radius et ulna | 0 % | 2,2 % |
| Toutes complications | 28,2 % | 20,9 % |
Ces chiffres proviennent d'une méta-analyse portant sur 1 283 patients. Ils demandent une lecture nuancée : la complication la plus fréquente de la voie antérieure — l'engourdissement de la face externe de l'avant-bras — est le plus souvent transitoire et sans retentissement fonctionnel, alors que les ossifications et les ponts osseux, plus fréquents en double voie, peuvent limiter durablement la rotation de l'avant-bras.
Aucune des deux voies n'est supérieure en toutes circonstances. Le choix tient compte de l'ancienneté de la lésion, de la morphologie du patient et de l'expérience du chirurgien.
Quelles suites après la réparation ?
Les suites associent une protection du coude pendant les premières semaines, une mobilisation progressive, puis un renforcement différé. La récupération de la force demande plusieurs mois, et le retour aux efforts lourds se situe entre quatre et six mois.
Le déroulement habituel :
- Premiers jours : protection par une attelle ou une écharpe, mobilisation des doigts et de l'épaule.
- Premières semaines : mobilisation progressive du coude, sans effort de flexion ni de supination contre résistance.
- Vers six semaines : récupération des amplitudes complètes.
- À partir de trois mois : renforcement progressif.
- Entre quatre et six mois : reprise des efforts lourds et des sports de force.
L'arrêt de travail dépend du métier : quelques semaines pour une activité sédentaire, trois à quatre mois pour un travail manuel lourd.
La force de supination récupère bien après une réparation précoce, sans toujours revenir strictement au niveau du côté opposé. La déformation du bras s'atténue mais peut rester discrètement visible.
Où consulter ?
Un craquement du coude survenu lors d'un effort, suivi d'une déformation du bras, justifie une consultation spécialisée dans les jours qui suivent, sans attendre la disparition complète de la douleur.
Notez la date exacte de l'accident et les circonstances : ces informations conditionnent la technique de réparation.
Questions fréquentes sur la rupture du biceps distal
Comment savoir si mon tendon de biceps est rompu ?
Le test du crochet est le plus fiable. Coude fléchi à 90 degrés et paume tournée vers le haut, on tente de glisser un doigt sous le tendon par le bord externe du pli du coude. Sur un coude normal, le doigt s'accroche sous une corde tendue. En cas de rupture, il n'y a rien à accrocher.
Une IRM est-elle nécessaire ?
Pas toujours. Dans la série de référence, le test du crochet atteint 100 % de sensibilité et de spécificité, contre 92 % et 85 % pour l'IRM. L'imagerie devient utile en cas de doute, de rupture partielle suspectée, de morphologie rendant l'examen difficile, ou pour une lésion ancienne.
Peut-on ne pas opérer ?
Oui, chez un patient âgé ou peu demandeur sur le plan fonctionnel. Cela implique d'accepter une perte de force durable, surtout en supination, et une déformation définitive du bras. Chez un patient actif, et sur le bras dominant, la réparation est recommandée.
Que se passe-t-il si j'attends ?
Le tendon se rétracte et adhère aux tissus voisins. Réparé tôt, il peut être réinséré directement sur l'os. Après quelques semaines, la réparation devient techniquement plus difficile et peut nécessiter une greffe tendineuse, avec un résultat moins prévisible.
Quel mouvement est le plus touché ?
La supination, c'est-à-dire la rotation de l'avant-bras qui amène la paume vers le haut. Visser, tourner une poignée, utiliser un tournevis ou un volant deviennent difficiles. La force de flexion est également diminuée, mais de façon moins marquée.
La bosse sur mon bras va-t-elle disparaître ?
Après réparation, le muscle est ramené à sa position normale et la déformation s'atténue nettement, même si une asymétrie discrète peut persister. Sans réparation, la déformation est définitive : le muscle reste rétracté vers l'épaule.
Combien de temps avant de reprendre le sport ?
Les activités sans charge reprennent après quelques semaines. Les sports de force, la musculation et les efforts lourds attendent quatre à six mois, le temps que la cicatrisation du tendon sur l'os soit solide. Reprendre trop tôt expose à une nouvelle rupture.
Quel est le risque d'une nouvelle rupture ?
Il est faible : les séries rapportent de 0,6 à 2,1 % selon la voie d'abord. Le principal facteur de risque est une reprise trop précoce des efforts. Le respect du protocole de rééducation est ce qui protège le mieux la réparation.
Références
- O'Driscoll SW, Goncalves LBJ, Dietz P. The hook test for distal biceps tendon avulsion. Am J Sports Med. 2007;35(11):1865-1869. PubMed
- Amin NH, Volpi A, Lynch TS, et al. Complications of distal biceps tendon repair: a meta-analysis of single-incision versus double-incision surgical technique. Orthop J Sports Med. 2016;4(10):2325967116668137. PubMed
- Dunphy TR, Hudson J, Batech M, Acevedo DC, Mirzayan R. Surgical treatment of distal biceps tendon ruptures: an analysis of complications in 784 surgical repairs. Am J Sports Med. 2017. PubMed
- Complications of single-incision versus dual-incision distal biceps repair: a systematic review and meta-analysis of comparative studies. PubMed
- Distal biceps hook test: sensitivity in acute and chronic tears and ability to predict the need for graft reconstruction. PubMed
- Disorders of the proximal and distal aspects of the biceps muscle. PubMed Central
Où consulter un chirurgien du coude pour une rupture du biceps au coude à Paris ?
- Paris 16e : Institut Main Épaule Jouvenet, Clinique Jouvenet, 6 square Jouvenet, 75016 Paris. Tél. 01 42 15 42 31.
- Essonne (91) : Centre Épaule Main Grand Paris Sud et SOS Main Quincy. Consultations au centre Galien 2, 22 rue des Deux-Communes, 91480 Quincy-sous-Sénart. Tél. 01 69 39 96 97. Interventions à l’Hôpital Privé Claude Galien.
Le Dr Kilinc est chirurgien de la main et de l’épaule à Paris 16e et à Quincy-sous-Sénart. Pour prendre rendez-vous en ligne ou poser une question avant la consultation, contactez le Dr Kilinc.
Page rédigée et médicalement révisée le 8 octobre 2026 par le Dr Alexandre Kilinc. Cette page a une vocation d'information et ne remplace pas une consultation médicale.

