Butée de Latarjet : opération de l’épaule instable et luxations récidivantes
Par le Dr Alexandre Kilinc, chirurgien orthopédiste spécialiste de la main et de l'épaule. Institut Main Épaule Jouvenet (Clinique Jouvenet, Paris 16e) et Centre Épaule Main Grand Paris Sud / SOS Main Quincy (Hôpital Privé Claude Galien, Quincy-sous-Sénart). Mis à jour le 27 septembre 2026.
Sommaire
Chiffres et notions clés
Qu’est-ce que la butée de Latarjet ?
La butée de Latarjet, ou intervention de Latarjet, est une chirurgie de stabilisation de l’épaule décrite en 1954 par Michel Latarjet [1]. Elle traite l’instabilité antérieure de l’épaule : luxations récidivantes, subluxations ou appréhension qui empêchent de lever le bras ou de pratiquer un sport.
Le principe est simple : l’extrémité de l’apophyse coracoïde, un petit relief osseux situé à l’avant de l’omoplate, est détachée puis vissée sur le bord antérieur de la glène, la surface articulaire de l’omoplate. La coracoïde reste attachée au tendon conjoint (coraco-biceps et coraco-brachial), qui vient se placer devant l’articulation.
Ainsi, la glène, élargie vers l’avant, retient mieux la tête de l’humérus. On parle aussi de « butée coracoïdienne » ou de « Latarjet-Patte ». En France, où elle est née, elle est très largement pratiquée par les chirurgiens de l’épaule.
La coracoïde, vissée sur l’avant de la glène, et le tendon conjoint qui passe devant l’épaule.
Pourquoi une butée plutôt qu’une simple réparation ?
Après une luxation de l’épaule, deux types de lésions expliquent la récidive : l’arrachement du labrum (lésion de Bankart) et l’usure de l’os de la glène ou de la tête humérale (encoche de Hill-Sachs). La réparation de Bankart sous arthroscopie refixe le labrum, mais ne recrée pas l’os perdu. Lorsque la perte osseuse est importante, le taux de récidive après simple réparation atteint 67 %, contre 4 % sans perte osseuse [2]. En revanche, la butée compense cette perte osseuse et ajoute un effet musculaire dynamique : c’est ce qui explique sa grande fiabilité.
Qu’est-ce qu’une encoche de Malgaigne ?
L’encoche de Malgaigne, appelée lésion de Hill-Sachs par les Anglo-Saxons, est un enfoncement osseux de la partie postéro-supérieure de la tête de l’humérus. Elle se produit au moment de la luxation : la tête humérale, plus tendre, vient buter contre le rebord antérieur de la glène, plus dur, et s’y impacte. Ensuite, une fois l’épaule remise en place, cet enfoncement persiste : c’est une véritable fracture par impaction.
Plus l’encoche est grande, plus elle favorise de nouvelles luxations, surtout si elle s’associe à une usure du rebord de la glène ou à une lésion du labrum. Par ailleurs, une encoche large peut « s’accrocher » sur le bord de la glène lorsque le bras est levé et tourné vers l’extérieur. C’est l’une des lésions osseuses qui font préférer une butée de Latarjet à une simple réparation [2]. Elle entre aussi dans le calcul du score ISIS.
Comment la butée stabilise l’épaule : effet butée et effet hamac
La butée de Latarjet agit par un triple mécanisme, souvent résumé par les chirurgiens de l’épaule sous le nom de « triple verrouillage ». C’est donc cette combinaison qui la rend efficace, même lorsque l’os de la glène est usé.
Effet le plus important
Pour qui ? Les indications de la butée de Latarjet
La butée de Latarjet s’adresse aux patients dont l’épaule reste instable après une ou plusieurs luxations. La décision repose sur l’examen clinique, les radiographies et le plus souvent un arthroscanner ou un scanner, qui mesure la perte osseuse de la glène et de la tête humérale.
Le score ISIS : évaluer le risque de récidive
Le score ISIS (Instability Severity Index Score), proposé par Balg et Boileau, additionne six facteurs de risque. Au-delà de 6 points sur 10, le risque de récidive après une simple réparation sous arthroscopie atteint 70 %, et une butée est alors recommandée [3]. Cochez les facteurs qui vous concernent pour calculer votre score.
| Facteur de risque | Points | Mon score |
|---|---|---|
| Âge au moment de l’opération : 20 ans ou moins | 2 | |
| Sport de compétition | 2 | |
| Sport de contact ou avec armé du bras (lancer, raquette, volley) | 1 | |
| Hyperlaxité de l’épaule | 1 | |
| Encoche de Hill-Sachs visible sur la radiographie de face en rotation externe | 2 | |
| Perte du contour de la glène sur la radiographie de face | 2 | |
| Votre score ISIS | 0 / 10 | |
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Bankart > Butée
Risque de récidive faible après une réparation sous arthroscopie. |
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Repères : 0 à 3 points, réparation de Bankart ; 4 à 6 points, choix à discuter ; plus de 6 points, butée conseillée [3].
Ce calcul est indicatif et ne remplace pas l’examen et l’imagerie en consultation. |
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Butée de Latarjet ou réparation de Bankart : quelles différences ?
Deux grandes techniques permettent de stabiliser une épaule instable. Le choix dépend notamment de la perte osseuse, du sport pratiqué, de l’âge et du score ISIS. Il se discute en consultation avec votre chirurgien de l’épaule.
En cas de lésion de Hill-Sachs importante associée à une glène peu usée, une technique complémentaire appelée remplissage peut être associée à la réparation de Bankart sous arthroscopie.
L’intervention
Comment se déroule l’opération de la butée de Latarjet ?
L’intervention dure en général entre une heure et une heure et demie. Elle se déroule le plus souvent en chirurgie ambulatoire ou avec une nuit d’hospitalisation, selon la douleur, l’organisation à domicile et l’état de santé. Voici donc les grandes étapes, telles que je les explique en consultation.
Les étapes de la butée : perte osseuse du rebord antérieur de la glène et coupe de la coracoïde (en haut), puis greffon fixé par deux vis sur l’avant de la glène, au ras du cartilage (en bas, vue de face et en coupe).
Cicatrice delto-pectorale après butée de Latarjet : quelques centimètres, dans un pli naturel de l’épaule.
Une cicatrice courte et discrète
La cicatrice se situe à l’avant de l’épaule, dans un pli naturel, et mesure en général quelques centimètres. Elle est rouge les premières semaines puis blanchit progressivement en 6 à 12 mois. Une protection solaire est donc conseillée la première année.
Voie ouverte ou arthroscopie ?
La butée de Latarjet peut aussi être réalisée sous arthroscopie, technique décrite par le Dr Laurent Lafosse à Annecy [6]. Elle est cependant plus exigeante techniquement. La voie ouverte mini-invasive reste la technique la plus répandue et donne des résultats solides et reproductibles. Le choix se discute en consultation selon votre anatomie et votre projet sportif.
Le contrôle radiographique
Après l’opération puis au cours du suivi, des radiographies vérifient la position de la butée, la tenue des vis et la consolidation de la coracoïde sur la glène, habituellement acquise en 6 à 12 semaines. Par ailleurs, l’incidence de Bernageau montre le profil de la glène et permet de vérifier que la butée affleure la surface articulaire.
Résultats et risques
Quels résultats attendre, quelles complications ?
La butée de Latarjet est l’une des techniques de stabilisation les plus fiables à long terme. Dans une série suivie en moyenne 20 ans, le taux de récidive était de 5,9 % et le score fonctionnel de Rowe passait de 37,9 à 89,6 sur 100 [4]. De plus, une grande revue de la littérature portant sur 1 904 épaules retrouvait 2,9 % de reluxations et 5,8 % de subluxations [5].
Les complications possibles
La plupart des patients retrouvent une épaule stable et la confiance dans leurs gestes, y compris sportifs. Comme toute chirurgie, la butée comporte cependant des risques. Dans la revue de Griesser, des complications, le plus souvent mineures, étaient rapportées dans environ 30 % des cas [5]. Les voici, de la plus fréquente à la plus rare.
Après l’opération
Suites opératoires et reprise des activités
Les suites de la butée de Latarjet sont en général simples. La douleur est bien contrôlée par l’anesthésie locorégionale puis par des antalgiques simples et la glace. Toutefois, les délais ci-dessous sont indicatifs : ils sont adaptés à chaque patient, à son métier et à son sport.
Ma pratique de la butée de Latarjet
Chirurgien orthopédiste spécialisé en chirurgie de l’épaule et de la main, j’ai été formé à la chirurgie de l’instabilité de l’épaule auprès du Dr Laurent Lafosse, à l’ALPS Shoulder Institute d’Annecy, l’un des pionniers de la butée de Latarjet. J’opère les épaules instables à l’Institut Main Épaule Jouvenet (Clinique Jouvenet, Paris 16e), centre dédié à la chirurgie de la main et de l’épaule, et à l’Hôpital Privé Claude Galien (Quincy-sous-Sénart).
Avant de proposer une butée, j’évalue d’abord avec vous :
- le nombre et les circonstances des luxations ou subluxations ;
- votre sport, votre niveau et votre calendrier (saison, compétition) ;
- la laxité de l’épaule et l’état de la coiffe des rotateurs ;
- la perte osseuse de la glène et de la tête humérale, mesurée au scanner ou à l’arthroscanner ;
- le score ISIS et vos attentes.
La chirurgie complexe de l’épaule, butée, réparation de la coiffe des rotateurs ou prothèse d’épaule, est réalisée sous anesthésie locorégionale, le plus souvent en ambulatoire. Pour comprendre la maladie qui mène à cette opération, consultez la page consacrée à la luxation de l’épaule.
Où se faire opérer d’une butée de Latarjet à Paris ?
Consultation de chirurgie de l’épaule avec le Dr Alexandre Kilinc, chirurgien de l’épaule à Paris et en Essonne :
- Paris 16e : Institut Épaule Jouvenet, Clinique Jouvenet, 6 square Jouvenet, 75016 Paris. Tél. 01 42 15 42 31.
- Essonne (91) : Centre Épaule Main Grand Paris Sud et SOS Main Quincy. Consultations au centre Galien 2, 22 rue des Deux-Communes, 91480 Quincy-sous-Sénart. Tél. 01 69 39 96 97. Interventions à l’Hôpital Privé Claude Galien.
Je fais partie des onze chirurgiens de l’Institut Épaule Jouvenet, classé 1er à Paris en chirurgie de l’épaule par le palmarès du Point (2021). L’ensemble de ma prise en charge est présenté sur la page chirurgien de l’épaule à Paris.
Le Dr Kilinc est chirurgien de la main et de l’épaule à Paris 16e et à Quincy-sous-Sénart. Pour prendre rendez-vous en ligne ou poser une question avant la consultation, contactez le Dr Kilinc. Apportez vos radiographies, scanner ou IRM et les comptes rendus d’une éventuelle chirurgie antérieure.
Questions fréquentes sur la butée de Latarjet
La butée de Latarjet est-elle une opération douloureuse ?
La douleur est bien contrôlée. L’anesthésie locorégionale endort le bras pendant plusieurs heures après l’intervention, puis des antalgiques simples et la glace suffisent le plus souvent. Ensuite, la douleur diminue nettement après la première semaine.
Combien de temps dure l’hospitalisation ?
L’intervention dure en général une heure à une heure et demie. Elle se fait souvent en ambulatoire, avec une sortie le jour même, ou avec une nuit d’hospitalisation selon la douleur et l’organisation à domicile.
Quand reprendre le travail et la conduite après une butée de Latarjet ?
Le travail de bureau reprend en général après 3 à 4 semaines, un travail manuel après 2 à 3 mois. Par ailleurs, la conduite est possible vers 4 à 6 semaines, lorsque l’épaule est indolore et que les gestes de sécurité sont maîtrisés.
Quand peut-on reprendre le sport après une butée de Latarjet ?
La course et le vélo reprennent vers 6 semaines, les sports sans contact vers 3 mois, les sports de contact et de lancer vers 4 à 6 mois, après vérification de la consolidation de la butée sur la radiographie.
Faut-il retirer les vis de la butée ?
Non, pas de façon systématique. En effet, les vis restent en place. Elles ne sont retirées que si elles deviennent gênantes ou douloureuses, ce qui concerne une minorité de patients.
La butée de Latarjet est-elle définitive ? Quel est le risque de récidive ?
C’est une stabilisation durable. Dans une série suivie 20 ans, le taux de récidive était d’environ 6 %. Cependant, une arthrose modérée peut apparaître à long terme, d’où l’importance d’une butée bien positionnée et d’un suivi.
Quelle différence entre butée de Latarjet et opération de Bankart ?
La réparation de Bankart refixe le labrum sous arthroscopie. La butée de Latarjet transfère un fragment de coracoïde sur la glène et ajoute un effet hamac musculaire. La butée est donc préférée en cas de perte osseuse, de sport de contact, de score ISIS supérieur à 6 ou d’échec d’une réparation.
Où consulter un chirurgien de l’épaule à Paris pour une épaule instable ?
Le Dr Alexandre Kilinc, chirurgien orthopédiste spécialisé en chirurgie de l’épaule, consulte à l’Institut Main Épaule Jouvenet (Clinique Jouvenet, Paris 16e, 01 42 15 42 31) et au Centre Épaule Main Grand Paris Sud à Quincy-sous-Sénart (01 69 39 96 97).
Schéma récapitulatif de la butée de Latarjet : la coracoïde fixée par deux vis sur la glène (à gauche) et le tendon conjoint passant à travers le sous-scapulaire (à droite).
Références
- Latarjet M. À propos du traitement des luxations récidivantes de l’épaule. Lyon Chir, 1954;49:994-997.
- Burkhart SS, De Beer JF. Traumatic glenohumeral bone defects and their relationship to failure of arthroscopic Bankart repairs: significance of the inverted-pear glenoid and the humeral engaging Hill-Sachs lesion. Arthroscopy, 2000;16(7):677-694. PMID 11027751.
- Balg F, Boileau P. The instability severity index score. A simple pre-operative score to select patients for arthroscopic or open shoulder stabilisation. J Bone Joint Surg Br, 2007;89(11):1470-1477. PMID 17998184.
- Mizuno N, Denard PJ, Raiss P, Melis B, Walch G. Long-term results of the Latarjet procedure for anterior instability of the shoulder. J Shoulder Elbow Surg, 2014;23(11):1691-1699. PMID 24835298.
- Griesser MJ, Harris JD, McCoy BW, et al. Complications and re-operations after Bristow-Latarjet shoulder stabilization: a systematic review. J Shoulder Elbow Surg, 2013;22(2):286-292. PMID 23352473.
- Lafosse L, Lejeune E, Bouchard A, et al. The arthroscopic Latarjet procedure for the treatment of anterior shoulder instability. Arthroscopy, 2007;23(11):1242.e1-5. PMID 17986415.











