À retenir
Une petite plaie cutanée peut cacher une lésion profonde. Ne testez pas le doigt de façon répétée et ne forcez pas sa flexion. Protégez la plaie et demandez rapidement un avis spécialisé.
Une coupure de la paume ou de la face antérieure d'un doigt peut sembler limitée à la peau. Pourtant, quelques millimètres sous la plaie passent les tendons fléchisseurs, les nerfs et les artères digitales. Une lésion tendineuse peut empêcher le doigt de se plier, compromettre la préhension et entraîner des séquelles durables si elle n'est pas reconnue et prise en charge correctement.
La plaie peut être complète, avec perte franche de la flexion, ou partielle. Dans ce second cas, une mobilité encore présente peut être faussement rassurante : le tendon fragilisé peut se rompre secondairement.
À Paris comme dans toute l'Île-de-France, une plaie de la main associée à une perte de mouvement, une baisse de sensibilité, un saignement important ou un doigt froid doit conduire à un avis rapide dans une structure spécialisée en chirurgie de la main.
Que sont les tendons fléchisseurs ?
Les tendons fléchisseurs relient les muscles de l'avant-bras aux doigts. Ils transmettent la force musculaire et permettent de fermer la main, d'enrouler les doigts et de saisir un objet.
Pour les doigts longs, deux tendons cheminent généralement dans un canal très étroit :
- le fléchisseur superficiel, qui participe surtout à la flexion de l'articulation interphalangienne proximale ;
- le fléchisseur profond, qui permet notamment de plier l'extrémité du doigt.
Ces tendons glissent dans une gaine et sous des poulies fibreuses qui les maintiennent près de l'os. Cette anatomie explique la difficulté du traitement : la réparation doit être assez solide pour autoriser une mobilisation protégée, mais suffisamment fine pour continuer à coulisser dans la gaine.
Épidémiologie : qui est concerné par une plaie des fléchisseurs ?
Les plaies des tendons fléchisseurs sont moins fréquentes que les simples coupures de la main, mais leur retentissement fonctionnel peut être majeur. Une étude populationnelle a estimé leur incidence à environ 7 cas pour 100 000 personnes par an. Elles concernaient plus souvent des hommes jeunes en âge de travailler. Dans cette étude, une lésion d'un nerf digital était associée dans 37 % des cas.
Les circonstances sont variées : verre brisé, couteau, tôle ou outil tranchant, accident domestique, professionnel, sportif ou agression. La profondeur réelle de la blessure ne peut pas être déduite de la seule longueur de la plaie cutanée.

Quels signes doivent alerter après une coupure de la main ?
Un avis spécialisé est particulièrement important devant :
- l'impossibilité de plier l'extrémité ou le milieu d'un doigt ;
- un doigt qui reste plus étendu que les autres au repos ;
- une douleur lors de la flexion contre résistance ;
- une faiblesse inhabituelle ou un accrochage ;
- une perte de sensibilité d'un côté du doigt ;
- un saignement persistant, un doigt froid, pâle ou bleu ;
- une plaie profonde ou souillée, même si le mouvement paraît conservé.
Que faire immédiatement ?
Retirez les bagues si cela est possible sans forcer, couvrez la plaie avec une compresse propre, maintenez la main surélevée et consultez rapidement. N'explorez pas la plaie vous-même et ne multipliez pas les tests de force. Le statut de la vaccination antitétanique sera vérifié par l'équipe soignante.
Le bilan recherche une lésion de chaque tendon, mais aussi une atteinte nerveuse, artérielle, osseuse ou articulaire. Une radiographie peut être nécessaire en cas de suspicion de fracture ou de corps étranger. L'échographie peut être utile dans certaines lésions partielles ou lorsque l'examen clinique reste incertain.
Les cinq zones des tendons fléchisseurs
La localisation de la plaie influence la difficulté de la chirurgie, le risque d'adhérences et le programme de rééducation.
Zone I : l'extrémité du doigt
La zone I se situe au-delà de l'insertion du tendon fléchisseur superficiel. Seul le tendon fléchisseur profond y est présent. La réparation ou la réinsertion doit restaurer la flexion de l'articulation située près de l'ongle.
Zone II : le canal digital
La zone II s'étend de l'insertion du fléchisseur superficiel jusqu'à la poulie A1. Les tendons superficiel et profond y cheminent ensemble dans une gaine étroite. C'est une zone particulièrement délicate, autrefois surnommée « no man's land », car une réparation trop volumineuse ou une cicatrisation excessive peut gêner le glissement et créer des adhérences.
Zone III : la paume
La zone III correspond à la paume, entre la poulie A1 et le bord distal du canal carpien. Le glissement tendineux y est moins contraint que dans le canal digital, mais les nerfs et les artères peuvent être associés à la plaie.
Zone IV : le canal carpien
La zone IV se situe dans le canal carpien. Plusieurs tendons et le nerf médian sont regroupés dans un espace limité. Une plaie à ce niveau peut donc associer plusieurs lésions et nécessite une exploration soigneuse.
Zone V : le poignet et avant bras
La zone V est située en amont du canal carpien, au poignet et à l'avant-bras. Une seule plaie peut sectionner plusieurs tendons, des nerfs et des artères. Ces traumatismes complexes, parfois appelés « spaghetti wrist », relèvent d'une prise en charge spécialisée pouvant associer chirurgie tendineuse, microchirurgie nerveuse et réparation vasculaire.
et pour le pouce
Le pouce possède sa propre classification en zones TI à TV. Son tendon fléchisseur long est essentiel à la pince pouce-index. L'orthèse et la mobilisation sont adaptées à cette anatomie particulière.
Comment le tendon est-il réparé ?
Lorsque la lésion doit être suturée, le chirurgien repère les deux extrémités du tendon, évalue les lésions associées puis réalise une réparation solide et la moins volumineuse possible.
La suture associe habituellement :
- un point central multibrins, selon une configuration de type Kessler, McLarney ou apparentée ;
- un surjet périphérique, qui régularise les bords et renforce la réparation.
Dans la zone II, le chirurgien vérifie que la suture coulisse sous les poulies. Certaines poulies doivent être préservées autant que possible ; une ouverture limitée peut parfois être nécessaire pour permettre le passage de la réparation.
La stratégie dépend de la zone, du pourcentage de tendon atteint, de la qualité des tissus, du délai, de la contamination et des lésions nerveuses, vasculaires ou osseuses associées. Une plaie partielle n'est donc pas systématiquement traitée comme une section complète.

Pourquoi faut-il porter une orthèse ?

Après l'intervention, une orthèse dorsale place le poignet et les doigts dans une position protégée. Son objectif est de réduire la tension sur la suture tout en permettant les mobilisations prescrites.
Elle est confectionnée ou ajustée par un professionnel formé à la rééducation de la main. Elle doit être portée selon les consignes, souvent jour et nuit durant la phase initiale. Elle ne doit jamais être retirée, modifiée ou remplacée sans autorisation.
L'École des fléchisseurs : accompagner le patient de J3 à J120
L'École des fléchisseurs est un outil numérique conçu par le Réseau Main Île-de-France pour améliorer et sécuriser la récupération après une plaie des tendons fléchisseurs traitée selon un protocole MAPP.
En tant que chirurgien de la main et président du Réseau Main Île-de-France, j'ai participé à la création de cette École des fléchisseurs, aux côtés de professionnels expérimentés de la chirurgie et de la rééducation de la main. Son objectif est de prolonger les explications données en consultation et pendant les séances, sans remplacer le suivi par le chirurgien et le rééducateur.
Le parcours propose notamment :
- des conseils sur le port et l'utilisation de l'orthèse ;
- des exercices d'auto-rééducation en vidéo, adaptés et évolutifs de J3 à J120 ;
- des rappels sur les gestes autorisés et ceux qui doivent être évités ;
- des réponses aux questions fréquentes ;
- des outils de suivi et de coordination entre professionnels de santé.
Le contenu a été conçu et coordonné par des professionnels expérimentés, membres de sociétés savantes de chirurgie et de rééducation de la main. En Île-de-France, cet accompagnement est proposé gratuitement aux patients éligibles, en parallèle de leur parcours de soins.
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